POLITIQUE

Budget Leitao: négos musclées à prévoir entre les syndicats et Québec

04/06/2014 04:27 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT
PC

QUÉBEC - Les négociations entre les employés de la fonction publique et le gouvernement s'annoncent corsées. Les syndicats redoutent les conséquences de certaines mesures contenues dans le budget Leitao déposé mercredi.

Gel de l'embauche, frein à la croissance des dépenses de programmes, projet de loi sur le contrôle des effectifs: en gardant le cap sur l'atteinte de l'équilibre budgétaire en 2015-2016, le gouvernement libéral impose un régime minceur à l'État.

«Ça n'augure pas très bien. C'est sûr que si le cadre financier ne change pas, ça va être difficile de s'entendre avec le gouvernement», a exposé le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jacques Létourneau.

Regroupés en front commun, les syndicats ont déjà affiché leurs couleurs en prévision des négociations pour le renouvellement de leur convention collective, qui vient à échéance en mars 2015.

Ils ont annoncé il y a un peu moins d'un mois leur intention de réclamer une augmentation salariale de 4,5 pour cent par année pendant trois ans, une proposition qui est actuellement soumise à leurs membres.

Ces demandes constituent une «position de départ de consultation», mais ne sont pas pour autant «farfelues», assure M. Létourneau, selon qui il y a un «rattrapage à faire» dans le secteur public.

«Maintenant, est-ce que l'État a les moyens de payer, et si oui, comment on paie, ça va être un peu ça le débat», s'est-il demandé à voix haute.

La présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot, abonde dans le même sens. Le gouvernement, a-t-elle déploré, vient de lancer un signal de fermeture qui ouvre la porte à des négociations serrées.

«C'est un signe que le corridor est un peu plus étroit. Alors ça nous appartient de l'élargir», a-t-elle lancé, disant regretter d'avoir affaire à un budget qu'elle juge inquiétant.

«C'est encore un budget qui mise sur la capacité des travailleurs d'en faire plus sans que cela ne nuise aux services à la population. C'est le genre de discours qui ne tient plus la route après toutes ces années», a-t-elle déploré.

De son côté, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent, a laissé échapper un terme qui a collé à la peau des libéraux de Jean Charest pendant des années: réingénierie.

Elle n'est pas allée jusqu'à prédire que les syndicats prendront les rues d'assaut comme ils l'avaient fait en 2003 pour témoigner de leur mécontentement face aux velléités gouvernementales, mais a dit craindre pour le système de santé québécois.

«C'est sûr que ça va se traduire par des coupures dans le réseau de la santé: coupures dans les services, diminution de la capacité de dispenser des soins sécuritaires et de qualité à la population. Quand on voit avec ça le gel des effectifs, l'image qui me vient, c'est réingénérie 2.0», a-t-elle fait valoir.

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, est néanmoins persuadé qu'un coup de barre s'impose.

«Les dépenses de l'État québécois augmentent plus rapidement que ses revenus, et ce, malgré les efforts récurrents de compressions. Par conséquent, le Québec fait face à un déficit structurel», a-t-il déclaré en conférence de presse lors du huis clos du budget.

M. Coiteux estime que les Québécois sont conscients que l'on ne peut continuer à s'offrir des services si les sommes nécessaires ne sont pas au rendez-vous.

Même son de cloche du côté du président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval.

«Les cibles de réduction de dépenses sont nécessaires dans contexte des finances publiques, a-t-il plaidé. La population, je pense, est rendue prête à accepter ces choses-là.»

La porte-parole de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), Martine Hébert, abonde dans le même sens.

«On ne peut plus continuer comme ça, a-t-elle soutenu. À cause de la démographie, au Québec, on ne peut plus créer autant de richesse qu'on en créait auparavant, se doter de programmes aussi généreux et avoir une fonction publique aussi imposante.»

Le budget du ministre des Finances, Carlos Leitao, prévoit un plafonnement de la croissance des dépenses à 1,8 pour cent en 2014-2015 et à une moyenne de 2,1 pour cent de 2015 à 2019, ce qui est nettement inférieur à la moyenne des dernières années.

Le gel global des effectifs des secteurs public et parapublic est en vigueur jusqu'en 2015-2016.

INOLTRE SU HUFFPOST

Les points saillants du 1er budget Leitao
Les plus grands syndicats du Québec