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L'UPAC mène une perquisition au ministère de la Sécurité publique

04/06/2014 02:16 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - Personne n'est à l'abri de l'oeil inquisiteur de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), pas même ceux de qui elle relève semble-t-il.

Les policiers de l'UPAC ont en effet réalisé deux perquisitions, mercredi, dont une aux locaux du ministère de la Sécurité publique, à Québec, celui-là même qui est responsable des forces policières à travers la province.

La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, a dit tout ignorer des raisons de cette perquisition mais a dit y voir une assurance que personne ne jouit d'une immunité.

«Ça confirme qu'il n'y a personne au-dessus des lois, peu importe ce que les gens font, peu importe où les gens sont, y compris à l'intérieur des ministères», a déclaré Mme Thériault lors d'un point de presse.

Pour elle, le ministère de la Sécurité publique, même s'il est responsable des services policiers, n'est pas différents des autres à cet égard.

«Ce n'est peut-être pas un ministère comme n'importe quel autre aux yeux des gens parce que c'est le ministère de la Sécurité publique mais la Sécurité publique agit comme les autres ministères, est mandataire de ses systèmes informatiques, pour son ameublement, pour ses locaux», a-t-elle rappelé.

Le travail de l'UPAC vise justement, selon elle, à lutter en permanence, comme son nom l'indique, contre la corruption et la fraude où qu'elles soient.

Pour sa part, son prédécesseur à la Sécurité publique, le péquiste Stéphane Bergeron, n'a pas caché sa surprise.

«C'est, à première vue, effectivement un peu étonnant, mais c'est également rassurant dans la mesure où je pense que ça confirme que personne n'est au-dessus des lois», a déclaré M. Bergeron.

M. Bergeron a dit croire que la perquisition visait des contrats informatiques mais a ajouté n'avoir lui-même jamais été mis au courant de quelque problème que ce soit à ce chapitre au sein du ministère dont il était jusqu'à tout récemment titulaire.

«Je n'ai rien vu d'étrange... Des montants élevés, oui, mais d'étrange, non», a indiqué M. Bergeron en point de presse.

«Il n'y a rien qui m'apparaissait à première vue comme étant douteux. J'ai l'impression que les forces policières connaissent des choses que moi je ne connaissais pas.»

Plus précisément, les policiers visaient le Centre de distribution du ministère de la Sécurité publique, situé sur la rue Volta à Québec, un entrepôt où sont conservés tous les biens matériels en inventaire du ministère, notamment les surplus de mobilier et les équipements informatiques destinés aux différentes unités administratives.

Le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec, François Bonnardel, y est allé pour sa part d'un commentaire incisif: «C'est extrêmement inquiétant quand on voit que la police enquête sur la police», s'est-il exclamé, bien que rien n'indique que les policiers visaient autre chose que des éléments de preuve touchant le ministère et ses fonctionnaires.

Malgré tout, il a dit s'attendre à une reddition de comptes.

«Comme ministre et comme vice-première ministre, c'est son ministère. Elle (Lise Thériault) doit nécessairement savoir ce qui se passe chez son ministère. Je ne dis pas qu'elle-même doit se mettre le nez dans les enquêtes, cela va de soi, mais au minimum savoir ce qui se passe dans son ministère.»

Il est essentiel, selon lui, de rassurer les Québécois dans un tel contexte.

«On est rendu au ministère de la Sécurité publique. Ça va être quoi demain matin? Est-ce que ça va être le ministère des Transports, qu'on a déjà visité? Le ministère des Finances? Les Affaires municipales?»

La seconde perquisition vise le siège social d'une firme informatique de Québec, EBR, qui a pour client, outre le ministère de la Sécurité publique, ceux de la Justice, du Revenu, de l'Éducation et du Conseil du Trésor, ainsi que plusieurs municipalités, entre autres.

EBR est également un fournisseur de tableaux interactifs dans les écoles québécoises.

Selon François Bonnardel, l'enquête démontre qu'il est absolument essentiel de scruter à la loupe les dépenses gouvernementales en matière d'informatique.

«Il se donne des milliards de contrats informatiques. Est-ce qu'on touche aux contrats informatiques? On en donne pour 2 milliards $ par année de contrats informatiques à gauche et à droite. On a droit à des réponses», a déclaré le député caquiste.

L'enquête fait suite à une dénonciation faite aux forces policières en 2013.

Curieusement, l'information a été confirmée par la partie perquisitionnée, en l'occurrence le ministère de la Sécurité publique qui, par voie de communiqué, a dit offrir sa pleine et entière collaboration aux enquêteurs de l'UPAC, alors que l'UPAC elle-même refusait de confirmer l'information.

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