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Le niveau faible de l'inflation va faire sortir la BCE du bois

04/06/2014 10:00 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT

Préoccupée à la fois par le niveau de l'inflation -trop faible- et celui de l'euro -trop élevé-, la Banque centrale européenne (BCE) devrait passer à l'action jeudi, en baissant notamment ses taux d'intérêt, de l'avis des analystes.

"On connaît déjà la décision de la BCE: sa politique monétaire sera assouplie", écrit ainsi Bruno Cavalier, économiste chez Oddo Securities.

Il faut dire que les responsables de l'institution monétaire de Francfort, à commencer par son président Mario Draghi, ont laissé peu de doutes à ce sujet.

"Nous sommes conscients du risque d'une période prolongée d'inflation basse", a déclaré M. Draghi la semaine dernière, lors d'un forum organisé par la BCE au Portugal. Et début mai, rompant avec la tradition de l'institution, il avait en quelque sorte pré-annoncé une intervention, disant son institution "à l'aise" avec l'idée d'une action en juin.

C'est ce mois-ci que la BCE doit actualiser ses projections trimestrielles de croissance et d'inflation pour la zone euro, ouvrant la voie à une possible intervention. Car "la BCE va indubitablement réviser à la baisse ses projections d'inflation pour cette année et la suivante", juge Clemente de Lucia, de BNP Paribas.

En mai, selon une première estimation publiée mardi, l'inflation en zone euro a ralenti à 0,5% après +0,7% le mois précédent et +0,5% en mars. Soit très loin de l'objectif de la BCE de maintenir la hausse des prix proche de 2% afin d'encourager une activité économique équilibrée.

Et la situation a peu de chances de s'améliorer à court terme. "Il n'y a aucun signe de pression inflationniste", estime Jennifer McKeown de Capital Economics, qui souligne que le niveau toujours élevé du chômage pèse sur les prix, les consommateurs repoussant à plus tard des achats.

Selon ses dernières prévisions mars, la BCE attend une hausse des prix de 1% en 2014, puis de 1,3% en 2015 et 1,5% en 2016. Un scénario d'accélération progressive des prix qui semble très compromis tandis que la menace d'une éventuelle entrée en déflation est prise très au sérieux, selon Yves Mersch, membre de son directoire.

- 'Mesures symboliques' -

Outre la baisse attendue de son principal taux directeur, celui auquel les banques se refinancent à ses guichets - à 0,25% depuis novembre, soit le niveau le plus bas de son histoire- , le passage en territoire négatif de son taux de dépôt est en conséquence attendu.

Évoquée depuis un an, cette mesure constituerait une première pour une grande banque centrale. Ce taux auquel la BCE rémunère les liquidités placées par les banques auprès d'elle pour 24 heures stagne à 0% depuis juillet 2012.

L'abaisser pourrait inciter les banques à prêter davantage et par là à soutenir l'activité car il leur en coûtera de continuer à stocker leur surplus de liquidités, mais cela pourrait aussi les conduire à réduire ces derniers ou bien à faire payer à leurs clients les frais occasionnés, ce qui serait contreproductif.

La BCE espère également que cela contribue à contrer l'appréciation de l'euro en rendant les placements dans cette monnaie moins attractifs, et par ricochet à tirer les prix des importations vers le haut, aidant à faire grimper l'inflation.

L'annonce d'un nouveau crédit à long terme (LTRO) fait également consensus. D'après Jennifer McKeown, il pourrait avoir "une maturité d'un an ou plus mais serait soumis cette fois à la condition que les banques prêtent de l'argent aux entreprises", contrairement à deux LTRO à trois ans lancés précédemment par la BCE.

Une prolongation d'un an, jusqu'à mi-2016, de plusieurs opérations de prêts illimités de court terme aux banques est aussi envisageable.

Quant à la possibilité que la BCE se lance dans un programme massif de rachat d'actifs, attendu par certains, "il ne serait justifié que pour prévenir un risque significatif de déflation généralisé", tempère Bruno Cavalier. Ou alors si la croissance marquait sévèrement le pas.

Malgré la détermination affichée par la BCE, Marco Bargel, chef de la stratégie d'investissement chez Postbank, considère que les mesures attendues sont davantage de l'ordre du "symbole" et n'apporteront pas grand chose à l'économie de la zone euro. "Mais la BCE se doit de faire quelque chose, sinon les marchés seraient très déçus".

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