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Des chercheurs chinois s'inquiètent de la transformation des montagnes en villes

04/06/2014 01:17 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT

PÉKIN, Chine - La stratégie chinoise qui consiste à décapiter des montagnes afin de remplir des vallées pour créer de nouvelles villes s'accompagne possiblement d'un coût environnemental trop élevé en termes de pollution, d'érosion et d'inondations, ont prévenu jeudi des chercheurs chinois.

Des dizaines de sommet pouvant atteindre 150 mètres de haut ont été aplatis pour combler des vallées et créer des dizaines de kilomètres carrés de terrain au cours de la dernière décennie. On s'est toutefois peu intéressé aux coûts et à l'impact environnemental de ces projets, déplorent des chercheurs de l'université Chang'an dans un commentaire publié par le prestigieux journal scientifique Nature.

«Créer des terrains en décapitant des collines et en déplaçant des quantités énormes de terre ressemble à une chirurgie importante sur la croûte terrestre», écrit le groupe.

En plus de la pollution de l'air et de l'eau, de l'érosion, des glissements de terrain et des inondations, les projets ont détruit des terres agricoles et l'habitat d'animaux et de plantes sauvages, poursuit le groupe.

Si des montagnes ont parfois été décapitées lors d'opérations minières aux États-Unis, l'opération chinoise a une ampleur sans précédent et la technique n'a jamais été utilisée pour construire des zones urbaines, préviennent les chercheurs.

Un des auteurs, le professeur d'hydrogéologie et de science environnementale Li Peiyue, a déclaré en entrevue que le développement de villes aura inévitablement un coût. «Mais nous croyons que le gouvernement doit faire preuve de prudence dans la promotion de ces projets, tant qu'il n'aura pas été démontré qu'ils sont technologiquement, géologiquement et écologiquement possibles», a-t-il dit.

Le gouvernement chinois souhaite déplacer les paysans vers des villes pour développer une économie plus moderne.

La première ville créée en détruisant des montagnes a été celle de Shiyan, dans la province centrale de Hubei, en 2007. La transformation a provoqué des glissements de terrain et des inondations, en plus de dévier des cours d'eau et d'augmenter la teneur en sédiments de l'eau potable, révèle le commentaire.

Dans la province voisine du Shaanxi, la ville de Yan'an vise à doubler sa superficie en créant 79 kilomètres carrés de terrain plat dans le cadre d'un projet lancé en 2012. L'initiative a détruit des terres agricoles tout en remplissant des vallées d'un sol possiblement trop fragile et vulnérable à «des désastres géologiques comme les glissements de terrain», a dit M. Li.

Les auteurs se questionnent aussi sur les coûts de ces projets. Ils soulignent que celui de Yan'an coûtera au moins 16 milliard $ US sur 10 ans, et qu'il faudra attendre au moins aussi longtemps avant que le sol se soit suffisamment raffermi pour pouvoir y construire.

Une experte américaine, Jennifer Turner, prévient que les projets risquent de provoquer l'apparition de déserts et des pénuries d'eau potable en Chine, en plus d'avoir d'autres conséquences imprévisibles.

«Ce sont de gigantesques projets d'ingéniérie sans aucune coordination, a-t-elle déploré. Et je me demande si on a analysé l'impact sur l'eau et sur l'énergie de construire des villes de cette façon, parce que les villes ont besoin de ciment et d'acier.»

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