POLITIQUE

Budget Leitao : le gouvernement prévoit une compression des dépenses pour la rémunération des médecins

04/06/2014 04:15 EDT | Actualisé 04/08/2014 05:12 EDT
Getty Images/Vetta

QUÉBEC - Malgré l'absence d'entente dans le contentieux opposant le ministère de la Santé aux médecins, des documents budgétaires déposés mercredi prévoient une compression des dépenses pour leur rémunération.

Une augmentation de 284,9 millions $ portera à 6,51 milliards $ l'enveloppe globale des services médicaux pour l'exercice 2014-2015. Cette hausse est moins importante que la somme d'environ 600 millions $ qui était prévue cette année en vertu des ententes conclues entre le gouvernement et les médecins omnipraticiens et spécialistes.

Après leur élection, en avril, les libéraux ont repris une demande formulée par les péquistes dans leur budget de février afin d'étaler sur une plus longue période les deux dernières années d'une entente de rattrapage salarial conclue en 2006.

Les péquistes souhaitaient qu'une somme totalisant environ 1 milliard $, pour les exercices 2014-2015 et 2015-2016, soit répartie sur une période qui n'avait pas été spécifiée.

Le nouveau ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait fixé l'objectif de conclure une entente avec les deux fédérations de médecins avant le budget présenté mercredi, une démarche qui a échoué.

Des reportages ont fait état d'une exigence d'étalement sur dix ans des hausses salariales, sans préciser le montant visé par cette exigence.

Les crédits présentés mercredi par le Conseil du trésor à l'occasion du dépôt du premier budget des libéraux restent muets sur la période d'étalement exigée par M. Barrette, ancien président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Dans son discours, le ministre des Finances, Carlos Leitao, a répété que cet étalement sert à réduire les dépenses gouvernementales afin d'atteindre l'équilibre budgétaire au terme de l'exercice 2015-2016.

Lors d'un point de presse, dans le huis clos au cours duquel les journalistes ont pris connaissance du budget, M. Barrette a déclaré que les négociations se poursuivent avec les médecins.

«Pour le moment les choses se passent très bien, a-t-il dit. (Mardi) la rencontre qu'on a eue a été très constructive, probablement la plus constructive depuis le début.»

Avec l'éducation, le secteur de la santé est considéré prioritaire, ce qui explique une croissance plus importante de leurs dépenses de programme.

Pour la santé, cette progression a été établie à 3 pour cent en 2014-2015 et à 2,7 pour cent en 2015-2016.

Au total, le budget du ministère de la Santé et Services sociaux augmentera de 670 millions $, à 32 milliards $, pour l'exercice 2014-2015.

Afin d'atteindre cet objectif, outre l'étalement de la hausse de la rémunération des médecins, le ministère de la Santé souhaite réaliser des économies dans le programme de procréation assistée, sans toutefois chiffrer ses attentes.

En 2013, le gouvernement péquiste avait mandaté le commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, afin de baliser davantage l'accès au programme, dont les coûts sont estimés à 70 millions $ par le Conseil du trésor.

Le programme de procréation assistée, qui permet à des couples d'obtenir un remboursement des services de fécondation in vitro dans les cliniques de fertilité, est désormais ciblé parmi les mesures spécifiques de réduction des dépenses identifiées par les ministères, indique le budget.

M. Barrette a annoncé mercredi que M. Salois présentera son rapport vendredi et qu'il fera des commentaires ensuite.

Selon le ministre, M. Salois abordera les dimensions éthiques et économiques du programme, qui a été présenté par les libéraux jusqu'ici comme un moyen de limiter les coûts liés aux grossesses multiples.

«Je ne dirais pas qu'on vous a menti, a-t-il. Vous allez me permettre d'attendre pour faire des commentaires sur ce programme.»

Le document révèle aussi l'intention gouvernementale de réduire les coûts du régime public d'assurance médicaments. Sans préciser la marge recherchée, la signature d'ententes particulières avec les fabricants et la réduction du prix pour les médicaments génériques font partie des mesures énoncées.

Selon les crédits du ministère de la Santé, les dépenses en services pharmaceutiques et médicaments demeureront stables, avec une faible hausse de 8,2 millions $, pour atteindre un total de 2,45 milliards $ en 2014-2015, ce que M. Barrette a qualifié d'«effort substantiel».

«Ça montre à quel point quand on a dit qu'il y a des choix difficiles à faire, ils sont difficiles, a-t-il dit. Et ça montre aussi que tous les secteurs sont touchés, pas juste les médecins.»

Quant au programme d'assurance autonomie pour les personnes âgées, M. Barrette a expliqué que son gouvernement n'irait pas de l'avant puisque les coûts, trop importants, n'avaient pas été provisionnés par le gouvernement péquiste qui souhaitait l'instaurer.

«(L'ancien ministre) Réjean Hébert a importé un programme en pensant le faire à coût nul, ça donne un résultat nul», a-t-il dit.

Par ailleurs, M. Barrette a manifesté l'intention de trouver des économies en révisant la pertinence des services.

«C'est de connaissance commune qu'il y a des examens qui sont demandés pour rien», a-t-il dit.

Au chapitre des revenus, le gouvernement réclame que le calcul du Transfert canadien en santé (TCS), versé par le gouvernement fédéral, tienne compte de la répartition démographique des personnes de 65 ans et plus, dont les soins coûtent cinq à six fois plus cher que celles de moins de 65 ans.

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