POLITIQUE

Budget Leitao: le secteur public et les citoyens ne sont pas épargnés

04/06/2014 04:24 EDT | Actualisé 04/06/2014 06:57 EDT
PC

QUÉBEC - Le rapport du vérificateur général avait annoncé la couleur rouge du budget déposé mercredi. L'appareil étatique absorbera d'importantes compressions afin de réduire le déficit. Les citoyens, déjà surtaxés, seront peu touchés. Sauf les fumeurs.

Le premier budget du gouvernement Couillard prévoit un déficit de 2,35 milliards$ pour 2014-2015, soit un peu plus que les 1,75 milliard $ prévus par le gouvernement Marois pour la même période avant les élections. Le nouveau gouvernement maintient son objectif d'un déficit zéro en 2015-2016.

Mais pour y arriver, le ministre des Finances Carlos Leitao a prévu des compressions de 2,7 milliards$ dans ses ministères et organismes.

La grande inconnue demeure les économies de 1,053 milliards$ que le gouvernement Couillard espère dégager en renégociant la hausse salariale des médecins spécialistes, en réduisant les montants versés aux organismes, et la révision du Régime public d'assurance médicaments pour revoir les prix des médicaments génériques. Ces mesures dépendent du résultat de négociations et portent sur l'année fiscale déjà en cours depuis deux mois.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette souligne toutefois que les négociations avec les médecins se poursuivent. «Nous avons eu une rencontre hier et je dirais que c'est la rencontre la plus constructive que nous avons eue», a-t-il dit.

À cela s'ajoutent d'autres compressions et mesures d'efficience pour des compressions totales de 3,5 milliards$.

Le gouvernement espère également aller chercher quelques revenus supplémentaires chez les fumeurs et les fêtards. Dès minuit mercredi soir, le prix augmentera de 4$ la cartouche de 200 cigarettes, soit 0,50$ de plus par paquet.

Le prix des boissons alcoolisées, lui, augmentera dans les commerces de détail, mais diminuera en restauration. La hausse est de 0,05$ pour une bouteille de bière de 341 ML et de 0,24$ pour une bouteille de vin de 750 ML en commerce. En restaurant, le consommateur verra sa facture réduite de 0,92$ pour une bouteille de vin de 750 ML.

Budget de transition

«C'est un budget sérieux, parce que la situation est sérieuse», a lancé d'entrée de jeu le ministre Leitao en conférence de presse. Le ministre des Finances a présenté son budget comme celui du redressement des finances publiques et de la relance de l'économie. Le gouvernement Couillard avait déjà fait savoir qu'il s'agit d'un budget de transition.

Dès cette année, une commission permanente de révision des programmes sera mise en place pour évaluer quels programmes publics pourront être révisés, voire abandonnés. «Au-delà des mesures ponctuelles, il faudra se pencher sur la structure même des dépenses», a souligné le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, au cours de la même conférence de presse.

Le budget déposé mercredi annonce que la révision des programmes, conjuguée à d'autres mesures de réduction des dépenses, permettra d'économiser 3,28 milliards$ en 2015-2016. Cette année-là, le total des compressions atteindra 7,35 milliards$.

Martin Coiteux a souligné que le Québec fait face à un déficit structurel. «Les dépenses de l'État augmentent plus rapidement que ses revenus, malgré les compressions», a-t-il rappelé.

Réactions

Écorché par le rapport du vérificateur général la veille, l'ex-ministre des Finances Nicolas Marceau s'est dit peu impressionné par le budget de son successeur. «C'est la recette libérale pour renier ses engagements», a dit le député péquiste.

Il a défini ainsi la «recette libérale»: «[...] promettre à peu près n'importe quoi en campagne électorale. Par la suite, de gonfler avec la liste de souhaits des ministères la taille de l'enjeu auquel on fait face, prétendre que ce n'était pas clair pendant la campagne électorale et par la suite de reculer sur ce qu'on a dit.»

Le député péquiste a également noté la hausse des prix du tabac et de l'alcool, contrairement à la promesse électorale de Philippe Couillard de ne pas augmenter les taxes et impôts.

«Au moins, en 2003, ils avaient eu l'honnêteté de dire que c'est ce qu'ils allaient faire», a lancé Nicolas Marceau en référence à la réingénierie de l'État du gouvernement Charest.

«C'est un budget de promesses brisées», a-t-il ajouté en anglais.

Nicolas Marceau note notamment que le budget Leitao prévoit la création de 31 000 emplois cette année, alors que le gouvernement Couillard s'est engagé à créer 250 000 nouveaux emplois au cours des cinq prochaines années.

La présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec a toutefois dénoncé la réduction de 20% des crédits d'impôt aux entreprises. Françoise Bertrand souligne qu'aucune analyse coûts-bénéfices n'a été faite pour connaître l'impact de cette mesure. De plus, les entrepreneurs n'ont pas été consultés avant l'annonce de cette mesure. «Pourquoi se presser à ce moment-ci dans la mesure où il y a une commission sur la fiscalité qui se met en marche», se demande-t-elle.

Pour sa part, le critique de la CAQ aux Finances et du Conseil du trésor, Christian Dubé, a noté que plusieurs éléments du budget sont «des copier-coller» des engagements de la CAQ en campagne électorale. Il cite notamment le gel des effectifs de l'État, déjà annoncé par le gouvernement Couillard.

Malgré cela, le chef de la CAQ, François Legault, estime que le plan Leitao contient peu de mesures pour stimuler l'économie. «Je suis déçu de l'absence d'un réel plan de relance économique. Pour les deux prochaines années, ce sera encore déclin le déclin du Québec sur le reste du Canada.»

Pour cette raison, la CAQ votera contre le budget. Mais son adoption est assurée en raison de la majorité en chambre du PLQ.

Négociations ardues à venir

Le contexte d'austérité, le gouvernement préfère parler de «rigueur», annonce des négociations ardues en vue du renouvellement des conventions collectives avec les employés de l'État.

«Si les paramètres financiers sont ceux d'aujourd'hui, ça va être compliqué. On ne sera pas nécessairement au même diapason», dit le président de la CSN, Jacques Létourneau. Son organisation fait partie d'un front syndical qui négociera les ententes paramétriques avec le gouvernement, de concert avec la FTQ et la CSQ.

Jacques Létourneau estime que le gouvernement Couillard aurait pu reporter l'atteinte du déficit zéro.

La présidente de la CSQ, Louise Chabot, estime elle aussi que le gouvernement aurait pu repousser l'atteinte de l'équilibre budgétaire. Elle déplore également le peu de mesures pour stimuler l'économie. «Est-ce que la rigueur qu'on demande du côté des dépenses, on va demander la même rigueur du côté des revenus», demande Louise Chabot.

À la tête de nombreux syndiqués du monde de l'enseignement, Louise Chabot prévoit elle aussi des négociations difficiles. «On va maintenir le cap, parce qu'on a une vision. On veut attirer les jeunes et maintenir l'expertise, ça va être une question de choix.»

INOLTRE SU HUFFPOST

Les points saillants du 1er budget Leitao
12 promesses de Philippe Couillard