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Soudan: l'embarras de Khartoum après la condamnation à mort d'une chrétienne

03/06/2014 06:05 EDT | Actualisé 03/08/2014 05:12 EDT

Les déclarations contradictoires des autorités soudanaises sur une prochaine libération d'une Soudanaise condamnée à mort pour apostasie et qui a accouché en prison, témoignent de leur embarras face à cette affaire qui a soulevé un tollé international.

Selon des experts, les autorités sont prises en tenailles entre des mouvements islamistes radicaux qui veulent l'exécution de la jeune femme chrétienne de 27 ans et la pression de l'étranger qui appelle à sa libération.

Née d'un père musulman, Meriam Yahia Ibrahim Ishag a été condamnée à mort le 15 mai par une cour criminelle en vertu de la loi islamique en vigueur qui interdit les conversions. Cette Soudanaise de 27 ans a accouché la semaine dernière d'une fille en prison.

Mariée à un chrétien et déjà mère d'un garçon de 20 mois, elle a également été condamnée à 100 coups de fouet pour "adultère", car selon l'interprétation soudanaise de la charia, toute union entre une musulmane et un non-musulman est considérée comme un "adultère".

Samedi, le sous-secrétaire au ministère soudanais des Affaires étrangères, Abdallah Al-Azraq, alors en visite à Londres, a déclaré à l'AFP et à d'autres médias que la Soudanaise "sera libérée dans les prochains jours selon les procédures légales qui seront prises par le pouvoir judiciaire et le ministère de la Justice".

Dimanche, le ministère des Affaires étrangères a démenti une prochaine libération qui selon lui dépend de l'acceptation par la cour d'un appel déposé par ses avocats, et affirmé que les déclarations de M. Azraq avaient été sorties de leur contexte.

L'analyste Khaled al-Tijani al-Nour attribue ce volte-face "à la confusion" qui marque la politique du gouvernement et qui rejaillit sur la diplomatie du pays.

"Au ministère des Affaires étrangères, on opère comme dans un champ de mines (...) où les déflagrations conduisent à des changements d'attitude", a-t-il dit.

"Certes des groupes religieux extrémistes exercent des pressions sur le gouvernement dans l'affaire de Meriam Ishaq", a-t-il ajouté.

"Mais, a-t-il poursuivi, comme les pressions étrangères sont croissantes, le gouvernement a voulu régler le problème par la libération de la femme", annoncée par M. Azraq.

- Ingérences du gouvernement -

Une source gouvernementale, qui a requis l'anonymat, a confirmé cette version.

"Certains au gouvernement avaient pris l'initiative de régler l'affaire après les vives réactions internationales mais les fuites dans les médias (de cette initiative) ont montré que le gouvernement s'ingérait dans les décisions de la justice", a dit cette source.

"Le ministère a alors voulu se rattraper" sous la pression "de forces internes indignées" par l'annonce d'une prochaine libération, a ajouté la même source.

Un ancien diplomate soudanais, Rachid Abou Shama, a expliqué ces contradictions par "la politique confuse de l'Etat, qui se traduit par des déclarations tout aussi confuses, au point que certains responsables se prononcent sur des dossiers qu'ils ne maîtrisent pas".

"Le sous-secrétaire aux Affaires étrangères se trouvait à l'étranger pour des soins" lorsqu'il a annoncé une prochaine libération de Meriam que "la justice n'a pas décidée", a-t-il dit.

Après les déclarations de M. Azraq samedi, le mari d'Ishag, Daniel Wani, un ressortissant américain originaire du Soudan du Sud, avait indiqué à l'AFP qu'il ne croyait pas que son épouse serait libérée.

"Personne ne m'a contacté et je ne pense pas que cela va se produire. Nous avons déposé un appel mais ils ne l'ont pas encore examiné. Donc comment est-il possible qu'ils la libèrent?", s'était-il interrogé.

L'avocat d'Ishag, Mohannad Moustapha, avait lui aussi exprimé des doutes sur le fait qu'elle soit libérée ou que les charges retenues contre elle soient abandonnées.

"La seule instance qui puisse faire ça est la cour d'appel et je ne suis pas sûr qu'elle ait le dossier complet", avait-il dit samedi.

Meriam Yahia Ibrahim Ishag a refusé d'abjurer sa foi chrétienne au profit de l'islam devant la cour.

Selon Amnesty International, Mme Ishag a été élevée en tant que chrétienne orthodoxe, la religion de sa mère, car son père était absent pendant son enfance.

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