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"Droit à l'oubli" : un casse-tête pour Google

03/06/2014 04:07 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

Au nom du "droit à l'oubli" prescrit par la Cour européenne de Justice, des centaines de milliers de pages seront-elles masquées sur Google ? Comment et à qui s'appliquera cette règle? Les experts de l'"e-réputation" prédisent un gigantesque casse-tête.

Q : Qui peut demander à Google d'effacer un lien ?

R. Seuls les citoyens européens et ceux qui résident en Europe peuvent remplir le formulaire mis en ligne par Google le 30 mai(rubrique "Confidentialité et conditions d'utilisation", puis "FAQ") pour demander le retrait d'un lien vers une page indésirable généré par une recherche sur leur nom.

Q. Ce lien disparaît-il de tous les sites de Google ?

R. Non. Si Google accepte, le lien sera retiré de toutes ses versions européennes, mais demeurera sur ses versions non-européennes, par exemple sur google.ca (version canadienne). Les pages elles-mêmes restent intactes et référencées par Google pour d'autres recherches.

Q. Quid du droit à l'information sur les personnalités publiques ?

R. Les particuliers peuvent demander le retrait d'informations les concernant qui ne sont pas ou plus pertinentes, sauf celles "d'intérêt public en raison du rôle public" de la personne, a indiqué la Cour. Un élu ou une célébrité seraient donc déboutés.

Q. Comment Google va-t-il traiter ces demandes ?

R. Au premier jour de la mise en ligne du formulaire, le moteur avait reçu 12.000 demandes, et 41.000 le 2 juin au soir, au bout de quatre jours. "Il y aura 500.000 à un million de demandes d'ici à un an", prédit Bernard Girin, PDG de l'agence Reputation VIP. "Il y aura une énorme file d'attente", renchérit Stéphane Alaux, dirigeant de Net'Wash. "Comment Google pourra-t-il traiter ces centaines de milliers de demandes qui chacune prendront du temps, ne serait-ce que pour vérifier l'identité du demandeur ? Cela semble impossible ! Pourquoi Google a-t-il mis en place ce formulaire si vite, sans avoir fixé de procédure? ", s'interroge Olivier Andrieu, éditeur du site spécialisé Abondance.

Q. Quelles demandes parviennent à Google ?

R. Le groupe reste muet sur ce point mais l'agence ReputationSquad a reçu ces derniers jours des "dizaines de demandes" de particuliers qui lui demandent de remplir le formulaire en leur nom, avec un appui juridique pour accélérer le dossier. "Il y a des clients qui veulent faire tout +déréférencer+, une photo ou un commentaire qu'ils n'aiment plus... Très peu de ces demandes seront jugées légitimes par Google", selon le cofondateur de l'agence, Albéric Guigou.

Q. Quels sont les principaux obstacles ?

R. D'abord les problèmes d'homonymie : une page visée peut concerner un homonyme, ce que Google aura du mal à vérifier. Ensuite, comment définir qu'une personne est "publique" et doit être interdite de formulaire ? Au bout de quel délai une information n'est-elle "plus pertinente" ? Plus globalement, comment arbitrer entre droit à l'information et droit à l'oubli ?

Q. Google sera-t-il plutôt enclin à dire oui ou non ?

R. Google, qui a toujours défendu la liberté d'expression, a mis en place un comité pour se fixer des règles, avec un rapport prévu "début 2015". Mais son cofondateur Larry Page s'est inquiété dans le Financial Times que ce "droit à l'oubli" puisse "nuire à la prochaine génération de start-up du net et renforce le poids des gouvernement répressifs".

"Google ne va pas se mettre à +déréférencer+ les trois quarts de l'internet pour faire plaisir à des demandes qui relèvent de l'anecdote", juge Albéric Guigou. "Il lui sera plus facile de dire oui à tout, pour éviter les conséquences économiques de procès ", estime à l'inverse Bernard Girin, PDG de Reputation VIP. "Seuls ceux qui pourront préparer un projet d'assignation verront leur dossier s'accélérer, les autres attendront des mois", prédit Stéphane Alaux.

Q. Cela réglera-t-il le problème de l'e-réputation ?

R. "Cela va dans le bon sens, c'est une première étape, mais ce n'est pas une révolution car l'e-réputation se joue désormais énormément sur les réseaux sociaux. En outre, des sites référençant ces informations se débrouilleront pour réapparaître", prévient Albéric Guigou. Pour Olivier Andrieu, "le vrai droit à l'oubli est la suppression du contenu. Les moteurs peuvent oublier, mais le web n'oubliera pas".

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