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À la veille du dépôt du budget, le VG trace un portrait sombre des finances

03/06/2014 02:16 EDT | Actualisé 03/08/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - Le chemin menant à l'équilibre budgétaire est semé d'embûches, avec un manque à gagner de près de 4 milliards $ en 2014-2015, ce qui laisse présager des maux de tête pour respecter l'objectif d'un déficit de 1,75 milliard $, selon le vérificateur général par intérim, Michel Samson.

M. Samson a déposé mardi à l'Assemblée nationale le rapport attendu sur l'état des finances publiques du Québec, commandé par le nouveau gouvernement libéral dès son élection en avril.

Le rapport, d'une soixantaine de pages, vient confirmer une fois de plus la grande précarité de la situation budgétaire du Québec, à la veille de la présentation, par le ministre des Finances, Carlos Leitao, du premier budget du gouvernement Couillard.

Le déficit pourrait donc atteindre cette année 5,6 milliards $ au lieu de 1,75 milliard $, comme prévu.

À la lumière de ce rapport, il apparaît clair que le gouvernement devra redoubler d'effort, tant du côté des revenus que du contrôle des dépenses, pour espérer respecter à court terme la cible de 1,75 milliard $ de déficit, étape devant mener à l'équilibre budgétaire l'année suivante, en 2015-2016.

La commande est tellement grosse que M. Samson affiche un certain scepticisme quant au réalisme des objectifs poursuivis, qu'il ne juge «pas raisonnables».

«On a repoussé des décisions pendant des années et ça nous rattrape», a résumé le vérificateur en conférence de presse.

Dans la colonne des revenus, le vérificateur constate que les coffres de l'État ne se remplissent pas comme prévu, en raison d'une baisse des revenus anticipés de l'ordre de 485 millions $, par rapport aux prévisions faites dans le budget déposé par l'ex-ministre Nicolas Marceau, en février dernier. La situation s'explique essentiellement par la diminution des impôts versés par les sociétés.

M. Samson note que le budget de février du gouvernement péquiste ne présentait pas un portrait complet de la situation budgétaire et de l'ampleur des efforts à fournir pour atteindre les cibles fixées, particulièrement en ce qui a trait au contrôle des dépenses des ministères. Son équipe n'a pas eu accès aux données budgétaires du Secrétariat du Conseil du trésor, une situation qui n'est «pas acceptable», a déploré M. Samson.

«Cela nous a limités dans nos travaux», a-t-il ajouté, en précisant que la décision avait été prise au palier administratif et non politique.

Il a aussi contesté le fait que le gouvernement précédent n'a pas dit clairement de quelle façon il comptait s'y prendre pour contrôler la croissance de ses dépenses.

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a enfoncé le clou en estimant que le rapport faisait la preuve du «manque de transparence et même le cynisme qui a caractérisé le gouvernement précédent», qui selon lui a cherché à cacher des chiffres pour des «motifs électoraux» juste avant de se lancer en campagne.

Comme il l'avait déjà mentionné dans son précédent rapport publié en février, le vérificateur général estime que contrôler la croissance des dépenses de programmes représentera «un défi de taille» au cours des prochaines années. Alors que le gouvernement péquiste avait fixé la barre à 2 pour cent par année pendant trois ans, la croissance des dépenses pourrait être trois fois plus importante et atteindre jusqu'à 6,7 pour cent cette année.

Le premier ministre Philippe Couillard a réagi au rapport en ne se montrant pas très surpris de ses conclusions, qui viennent confirmer ses appréhensions.

Ce rapport «montre l'ampleur du défi qui est devant nous, mais on va relever ce défi», a-t-il commenté lors d'un bref point de presse.

En Chambre, il s'est engagé à instaurer une nouvelle pratique, soit de présenter un «portrait objectif et indépendant des finances publiques» avant chaque campagne électorale.

Dans son rapport, M. Samson va dans le même sens en disant souhaiter qu'à l'avenir sa contribution «soit davantage planifiée et encadrée».

Malgré la précarité des finances publiques, M. Couillard a réitéré son engagement à sortir le Québec de la spirale des déficits d'ici 2015-2016, pour lui redonner sa «liberté d'action».

Pour inverser la tendance, le budget déposé mercredi va inclure notamment des mesures visant à «relancer l'emploi», a aussi promis M. Couillard, sans donner de détails.

Pour sa part, l'ex-ministre des Finances du gouvernement péquiste, Nicolas Marceau, sur la défensive, a tenu à justifier les chiffres contenus dans son budget de février en faisant valoir que le vérificateur général parlait d'un «déficit potentiel» et non réel.

«Dans le fond, ce qu'on mesure c'est le déficit si le gouvernement disait oui à tout ce qui est demandé dans la liste de souhaits», a-t-il dit, en point de presse, en ajoutant que le gouvernement péquiste, s'il avait été réélu, aurait fait des choix budgétaires de manière à éviter un déficit monstre.

Du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ), le député François Bonnardel a réclamé que la situation de M. Samson, qui occupe son poste sur une base intérimaire depuis trois ans, soit régularisée d'ici l'automne.

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