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"Nés réfugiés", le triste destin des bébés syriens au Liban

02/06/2014 06:27 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

Les Syriennes, qui donnent la vie au Liban, devenu leur terre d'exil, imaginent mal l'avenir de leurs enfants, nés sous une tente, sans certificat de naissance délivré par leur pays si proche et si lointain.

"Mon bébé a vu le jour comme réfugié et son avenir sera vraiment difficile ici", confie Oum Khaled, attentive à son nouveau-né dans une clinique ouverte en mars par Médecins Sans Frontières (MSF) dans la ville frontalière d'Arsal.

"Je suis heureuse d'avoir un enfant mais j'aurais aimé que cela soit dans une situation différente. C'est vraiment difficile de les élever dans ces conditions", dit-elle en regardant son autre fils de deux ans qui suce son pouce.

Elle a fui la région montagneuse de Qalamoun pour le Liban lorsque cet hiver l'armée de Bachar al-Assad a pris son village. Même si son mari a trouvé du travail à Arsal, ils ont du mal à joindre les deux bouts et à offrir une vie décente à leurs quatre enfants.

"Je les adore mais parfois je les regarde et je pleure. En Syrie, j'avais une maison et un jardin où ils pouvaient jouer. Ici je n'ai rien", confie avec tristesse cette femme qui paraît bien plus âgée que ses 25 ans.

Le Liban accueille plus d'un million de réfugiés ayant fui la guerre civile. La moitié d'entre eux sont des enfants, faisant dire à l'ONU qu'il s'agit d'une "génération perdue".

Arsal a connu une explosion démographique. La localité comptait 40.000 habitants avant la guerre contre 100.000 aujourd'hui et la plus grande partie vivent sous des tentes.

La majorité des enfants ne vont pas à l'école et passent leur journée à jouer dans des conditions insalubres près de leurs habitations.

Les mères essaient, malgré tout, d'offrir sous la tente un espace pour leurs nourrissons, les enveloppant dans des couvertures roses et blanches.

Certaines, comme Oum Mohammad, ont fui alors qu'elles étaient enceintes jusqu'aux yeux. "J'étais au septième mois quand j'ai fui de Nabak. Un avion bombardait la route mais nous avons réussi à lui échapper", dit cette mère de quatre enfants.

"Mon petit Oudaï m'a donné de l'espoir même si nous avons tout perdu. Mais aucun de la fratrie ne fréquente l'école. Je ne sais pas comment je vais pouvoir subvenir à leurs besoins", s'alarme-t-elle.

- 'Un enfant est né' -

Selon Maria Luz Ruiz, l'infirmière et sage-femme qui dirige le centre infantile de MSF, "la maternité est très importante pour les réfugiées syriennes" car cela les aide à surmonter la dépression causée par la fuite.

Mais les troubles dont sont victimes les mères proviennent aussi d'une combinaison du mauvais état sanitaire et des conditions économiques qu'affrontent les réfugiés.

Selon elle, les enfants qui arrivent au centre souffrent surtout de "problèmes respiratoires, d'infections et de désordres gastriques".

Ces problèmes de santé, assure-t-elle, sont liés aux mauvaises conditions de vie dans les camps.

Amal et son mari Amer sont partagés entre la peur et l'excitation de la prochaine naissance.

"Quand je suis tombée enceinte il y a neuf mois, tout allait bien à Yabroud et il était impossible d'imaginer que nous allions devenir des réfugiés", dit Amal, 22 ans.

A la clinique, le jeune couple est ébahi en entendant, grâce à un appareil ultra-son, battre le coeur de leur bébé.

"Quand j'ai entendu les battements de son coeur, j'étais si heureux. Un enfant va naître, Dieu soit loué. Je vais devenir père. Mais en même temps, je suis si triste pour lui, car nous n'avons ni maison, ni abri à lui offrir", déclare Amer avec un geste d'impuissance.

Il a été blessé lors des combats de Yabroud en mars qui ont abouti à la prise de contrôle de la ville par le régime.

Coiffé d'un foulard argenté, Amal n'est pas optimiste. "J'espère que lorsque mes enfants vont grandir, la Syrie sera plus belle. Mais j'en doute, car pour que cela arrive, il faut que Bachar al-Assad tombe".

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