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Meurtre de deux Françaises en Argentine: le verdict après un procès marathon

02/06/2014 10:28 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

Les familles de Cassandre Bouvier et Houria Moumni, tuées en Argentine en 2011, attendaient lundi le verdict du tribunal de Salta, qui juge trois Argentins accusés d'avoir frappé, violé et tué les deux Françaises.

Les trois juges du tribunal annonceront les éventuelles condamnations en fin d'après-midi, à partir de 16h00 (21h00 heure française).

Lundi matin, le tribunal a donné une dernière fois la parole aux accusés, en détention préventive depuis près de trois ans. Ils risquent la réclusion criminelle à perpétuité.

Gustavo Lasi, 27 ans, qui travaillait occasionnellement comme guide dans le parc où les Françaises ont été retrouvées mortes, aura du mal à échapper à la peine maximale. Son empreinte ADN a été retrouvée sur les corps des deux jeunes femmes. A l'audience, il a reconnu un seul des deux viols et nié les meurtres, sans convaincre.

Pour la première fois, Lasi a exprimé lundi des regrets.

"Je veux m'adresser aux familles des filles. Je suis désolé de ce qui s'est passé. (M. Bouvier) se demande s'il y a d'autres personnes impliquées, ce n'est pas le cas. Il y a trois personnes dans cette histoire et les trois sont ici (...) Je demande quelque chose de juste", a-t-il dit avant que les magistrats se retirent pour délibérer.

Ses complices présumés, Daniel Vilte et Santos Vera, deux travailleurs journaliers des environs du parc de la Quebrada de San Lorenzo, le lieu du crime, réfutent en bloc toutes les accusations et affirment être étrangers à cette affaire qui a ému l'Argentine, où les crimes contre les femmes tombent le plus souvent dans l'impunité.

"Je ne sais pas pourquoi je suis ici", a une nouvelle fois déclaré Vilte. "Je suis totalement innocent. Je ne comprends pas ce que je fais ici. Tout ce que dit Lasi ce sont des mensonges. Je demande justice. J'ai les mains propres et la conscience tranquille", a pour sa part clamé Santos Vera, qui s'exprimait pour la première fois depuis le début du procès.

Que s'est-il passé le 15 juillet 2011 sur les sentiers de la Quebrada de San Lorenzo?

Faute d'aveux des accusés, faute de témoin de la scène qui auraient permis de faire toute la lumière, le scénario de l'accusation a pris corps au fil d'un long procès, qui a débuté le 25 mars.

Houria Moumni, 24 ans, et Cassandre Bouvier, 29 ans ont été vues vivantes pour la dernière fois le 15 juillet à 16h23, d'après le registre du parc, l'heure à laquelle le parc commence habituellement à se vider.

Deux semaines plus tard, le 29 juillet 2011, un promeneur découvrira par hasard en s'écartant d'un sentier les corps outragés des Françaises, partiellement dévêtus, à proximité d'un des belvédères du parc.

- Partie civile divisée

Gustavo Lasi a affirmé qu'il allait "tirer des pigeons" avec le fusil de son père dans le parc quand il est tombé par hasard sur Daniel Vilte et Santos Vera. Les trois hommes se connaissent depuis toujours. Le tandem Vilte-Vera aurait invité Lasi à les suivre, avant de trouver sur leur chemin les deux Françaises, selon la description de Lasi, le seul témoignage existant.

Là, Santos Vera, un jardinier de 34 ans, et Daniel Vilte, un maçon de 28 ans, leur auraient dérobé leurs sacs, appareil-photo et téléphones portables en les menaçant d'un revolver, avant de les violenter, puis de les violer, toujours selon Lasi, qui dit s'être éloigné après le viol et ne pas savoir ce qui s'est passé ensuite, ni entendu de coup de feu.

L'étude balistique suggère que Cassandre Bouvier a été abattue d'une balle dans la tête alors qu'elle était à genoux. En revanche, Houria a été atteinte d'une balle dans le dos.

La plupart des parties civiles ont demandé aux trois juges du tribunal de condamner les trois accusés à la perpétuité, c'est leur intime conviction, forgée à Salta où ils ont suivi les audiences du procès, et vu défiler près de 200 témoins.

Le procureur Felix Elias a réclamé la perpétuité contre Gustavo Lasi et Santos Vera, mais pas contre Daniel Vilte, dont il a demandé la remise en liberté.

L'avocat de Jean-Michel Bouvier, père de Cassandre, a demandé l'acquittement de Vera et Vilte. "Je ne veux pas des condamnations à tout prix. Il n'y pas de revanche, je veux que justice soit faite", a dit à l'AFP M. Bouvier, seul parent des victimes présent lundi à Salta, les autres ayant dû regagner Paris pour raisons professionnelles.

Vilte vendait un revolver trois jours après le crime, ce qui a mis la puce à l'oreille des enquêteurs. Vera a été mis en cause par un test ADN mais la contre-expertise n'a pu être réalisée pour des raisons techniques. Leurs multiples déclarations contradictoires et la fragilité des alibis éveillent le doute.

Les accusés feront probablement appel en cas de lourde condamnation. Il y aura dans ce cas une révision du volumineux dossier, mais pas de deuxième procès.

ap/fw

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