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L'immunothérapie, nouvelle révolution dans la guerre contre le cancer

02/06/2014 03:13 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

L'immunothérapie qui a remporté des succès impressionnants ces dernières années dans la guerre contre le mélanome, a été présentée comme un traitement révolutionnaire qui offre aussi un espoir contre d'autres cancers difficiles à traiter, au Congrès mondial de cancérologie réuni à Chicago.

L'immunothérapie est une nouvelle approche qui consiste à stimuler le système immunitaire du patient pour qu'il s'attaque au cancer.

"Le génie de cette approche consiste dans le fait qu'elle est plus sélective et qu'elle produit des rémissions durables pas seulement parmi une poignée de patients mais chez un grand nombre souffrant d'un mélanome métastasé ce qui est vraiment révolutionnaire", a lancé lundi le Dr Steven O'Day, professeur adjoint de médecine à l'université de Californie du Sud, en commentant devant la presse les résultats des derniers essais cliniques en immunothérapie présentés à la conférence annuelle de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO).

Selon une étude publiée fin 2013, 40% des malades atteints de mélanome invasif traités par immunothérapie n'ont pas montré de signe de la maladie sept ans après. Les trois essais cliniques prometteurs dévoilés lundi devraient encore permettre d'augmenter ce nombre.

"Pour la première fois, (grâce à cette thérapie) nous voyons des progrès significatifs contre d'autres types de cancers avec des tumeurs +solides+ très difficile à traiter", a ajouté le professeur O'Day.

"La révolution est là, a-t-il estimé. L'immunothérapie s'étend au-delà du mélanome dans des cancers +solides+". Les tumeurs solides, par opposition aux cancers sanguins peuvent se développer dans n'importe quel tissu. Ce sont les cancers les plus fréquents.

Lundi, un petit essai clinique a révélé une rémission sans précédent de deux jeunes femmes atteintes d'un cancer métastasé du col de l'utérus après une immunothérapie ciblant des papillomavirus (HPV) dans la tumeur. Plus de 70% des cancers utérins résultent d'une infection par certains de ces virus contractés sexuellement.

La première patiente ne présente plus de trace de cancer depuis plus de deux ans et la seconde depuis un an.

Un autre essai clinique de phase 1 montre une efficacité encore plus grande en combinant deux de ces anticorps, le Yervoy et le Nivolumab du laboratoire américain Bristol Meyers Squibbs. Ce cocktail a permis une survie sans précédent de trois ans et demi chez des malades atteints d'un mélanome métastasé inopérable.

Approuvé en 2011 par l'Agence américaine des médicaments (FDA), le Yervoy ou ipilimumab, a été la première immunothérapie à prolonger de façon significative la survie des malades avec un mélanome avancé, forme la plus mortelle du cancer de la peau.

Cette molécule dope le système immunitaire en bloquant l'activité d'une protéine appelée CTLA-4. Celle-ci est utilisée par les cellules cancéreuses pour déjouer le système immunitaire.

- Un marché de 35 milliards de dollars -

Le Nivolumab, qui est une nouvelle classe de ces médicaments, cible une autre protéine des cellules immunitaire appelé PD-1 (Programmed Death receptor) qui s'est avérée très prometteuse, non seulement contre le mélanome mais aussi contre les cancers avancés du poumon et du rein.

Des essais cliniques de phase 1 présentés en 2012 par Bristol-Myers à l'ASCO ont montré que le Nivolumab a également réduit les tumeurs chez 27% des malades atteints d'un cancer du rein et de 18% chez ceux souffrant d'un cancer avancé du poumon.

Ces résultats ont déclenché une course parmi les grands groupes pharmaceutiques pour mettre au point une molécule capable de bloquer la protéine PD-1 dans le système immunitaire.

L'américain Merck est déjà bien avancé avec le MK-3475 pour lequel il a obtenu la désignation de "percée thérapeutique" par l'agence américaine du médicament (Food and Drug Administration) pour accélérer leur mise sur le marché.

Les autres laboratoires dans la course contre la protéine PD-1 sont le suisse Roche et le britannique GlaxoSmithKline.

"PD-1 est sans conteste l'avancée médicale la plus exaltante de la décennie en matière de thérapie contre le cancer", estime l'analyste Mark Schoenebaum de la société d'investissement ISI Group.

Le marché potentiel de l'immunothérapie est estimée à quelque 35 milliards de dollars, selon des experts.

Le potentiel de ces nouveaux agents anti-cancéreux a conduit Merck, Bristol-Myers, Roche et AstraZeneca à commencer au moins 78 essais cliniques, enrollant plus de 19.000 malades, selon des experts du secteur pharmaceutique.

js/rap

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