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L'ex-golden boy algérien Rafik Khalifa jugé en France par défaut

02/06/2014 11:10 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

"Bill Gates africain", le "golden boy d'Alger", "Rafik le flamboyant" : l'ascension et la chute "fulgurantes" de Rafik Khalifa sont au coeur d'un procès qui s'est ouvert lundi près de Paris en l'absence de l'ancien homme d'affaires algérien, emprisonné dans son pays.

Le fondateur du groupe Khalifa, écroué à Londres depuis 2007, a été extradé vers Alger le 24 décembre. Paris a demandé à l'"emprunter" le temps du procès, mais le gouvernement algérien n'a pas donné suite à cette demande et il est jugé par défaut.

"Dans quel contexte cet homme a pu constituer un tel empire qui s'est effondré aussi vite qu'il s'était créé?", s'est interrogée à l'ouverture des débats Fabienne Siredey-Garnier, la juge du tribunal de Nanterre devant lequel comparaissent dix autres personnes dans ce dossier.

Rafik Khalifa, 47 ans, débute en reprenant la pharmacie de son père, l'un des fondateurs de la police politique algérienne reconverti dans les affaires. En 1992, alors que le conflit qui oppose le gouvernement au Front islamique du salut (FIS) fait rage, il se lance dans la fabrication de médicaments génériques.

A partir de là, son ascension, "peut-être aidée par le clan des généraux", est "fulgurante", note Fabienne Siredey-Garnier.

En 1998, la pièce majeure de son futur empire, Khalifa Bank, est montée en à peine neuf mois. Les taux d'intérêt extrêmement avantageux qu'elle propose attirent des centaines de milliers de personnes, ce qui permet au groupe de se diversifier. Une multitude de sociétés sont lancées en Algérie, en France, au Royaume-uni et en Allemagne notamment dans la banque, la construction, l'aéronautique et l'audiovisuel.

"On se demande s'il n'a pas détourné l'argent des déposants pour financer ses sociétés; n'oublions pas que sa mise de départ était confortable, mais certainement pas considérable", a relevé Elisabeth Maisondieu-Camus, une avocate des parties civiles.

- Sa villa, une 'Bagatelle' à 35 millions -

De 2000 à 2002, Rafik Khalifa est à son apogée. Le magnat, qui assure que son groupe réalise un milliard de dollars de chiffres d'affaires, se lance dans des projets pharaoniques, demandant notamment à l'architecte espagnol Ricard Bofill de dessiner les plans d'une nouvelle ville, Algeria.

"Rafik le flamboyant" devient le sponsor d'équipes sportives, notamment le club français de l'Olympique de Marseille. Le 3 septembre 2002, une somptueuse soirée est organisée dans sa villa "Bagatelle", acquise 35 millions d'euros à Cannes, sur la Côte d'Azur. Parmi les invités figurent le chanteur Sting, l'ancien ministre français Jack Lang, les comédiens Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. Ces deux derniers seront entendus dans le cadre de la procédure.

Mais des voix commencent à s'interroger sur cette fortune soudaine. Certains évoquent "une opération de blanchiment des fonds secrets du Front de libération nationale" (FLN) ou "un détournement de la rente pétrolière et gazière" perçue par Alger, relève Fabienne Siredey-Garnier.

En novembre 2002, les opérations de la banque sont gelées à la suite de malversations décelées par le gouvernement algérien. Début 2003, Rafik Khalifa se réfugie à Londres, trois de ses proches collaborateurs sont arrêtés à l'aéroport d'Alger alors qu'ils tentent de fuir avec deux millions d'euros dans une valise et le groupe est placé en liquidation.

"Il était devenu trop encombrant pour le régime et il a choisi le mauvais cheval" en soutenant Ali Benflis contre Abdelaziz Bouteflika pour la présidentielle de 2004, selon un de ses proches qui assiste aux débats.

Dix autres personnes sont poursuivies, dont son ex-femme Nadia Amirouchen, un notaire, des anciens représentants de l'entreprise en France ainsi qu'un constructeur et équipementier aéronautique. Ils sont accusés d'avoir, au moment de la déconfiture du groupe, dissimulé un certain nombre d'actifs notamment la villa Bagatelle, des voitures de luxe et trois avions.

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