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L'Espagne de Juan Carlos, de l'ouverture démocratique à la crise

02/06/2014 09:56 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

Quand il monte sur le trône en 1975, Juan Carlos hérite d'une Espagne qui émerge de la dictature. En près de 40 ans, le pays passera de l'euphorie de l'explosion démocratique à une insolente prospérité économique, dont les excès contribueront à le précipiter dans la crise.

"La croissance économique, l'immigration, l'entrée des femmes sur le marché du travail et dans la vie publique, l'ouverture vers l'international, ce sont là les principaux bouleversements de ces années", explique Maria Angeles Duran, professeur au Conseil supérieur des recherches scientifiques.

Au sortir du régime du Francisco Franco, démarré à la fin de la Guerre civile en 1939 pour s'achever à la mort du dictateur le 20 novembre 1975, l'Espagne est un pays marqué par la tradition, mais dont la richesse augmente, fruit d'une industrialisation amorcée une vingtaine d'années plus tôt.

"Dans ma région, quand j'ai pris mes fonctions de président de la région de Castille-La Manche en 1983, 80.000 logements n'avaient pas de sanitaires, 108 villages n'avaient pas d'électricité, ni un seul kilomètre de grand-route", se souvient José Bono, ancien ministre de la Défense. "Aujourd'hui, nous sommes l'un des pays avec les infrastructures les plus avancées de la planète".

Entre 1980 et 2011, le revenu par habitant progresse de 12.600 euros à 22.700 euros, en valeur constante, selon la Banque d'Espagne.

Après 40 ans de dictature, la liberté retrouvée se traduit en politique, avec la légalisation des partis, et dans la société - le divorce sera légalisé en 1981, avant d'autres réformes, comme celle qui autorisera le mariage homosexuel en 2005.

Accompagnant une société en transition, Juan Carlos s'impose comme la grande figure de la démocratie après avoir contribué à faire échouer la tentative de coup d'Etat du 23 février 1981.

L'expansion économique, portée par les subventions européennes après l'entrée de l'Espagne dans l'Union européenne en 1986, s'accompagne de stabilité politique, alors que les socialistes gouvernent le pays de 1982 à 1996.

La vie culturelle elle aussi explose, avec "la movida", tourbillon créatif qui s'empare de la musique et du cinéma.

- Le tournant des années 1990 -

Au début des années 90, pourtant, le vent tourne pour la jeune démocratie, qui plonge dans la crise économique, doublée d'une crise politique née des scandales de corruption qui éclaboussent les socialistes au pouvoir.

En 1996, les électeurs donnent le pouvoir au conservateur José Maria Aznar.

Viendra ensuite l'union monétaire avec le passage à l'euro en 2002, qui insuffle à la société espagnole "une forte dose de confiance en elle-même et dans son avenir", analyse la Revue des infrastructures sociales.

Un optimisme qui se matérialise entre autres par une explosion du crédit, principalement tourné en Espagne vers l'immobilier, et ouvre une décennie de prospérité.

L'Espagne, longtemps pays d'émigrants, devient terre d'accueil: la population immigrée est multipliée par six entre 2000 et 2010.

Grâce à cette prospérité, selon Antonio Alaminos, professeur de sociologie à l'université d'Alicante, beaucoup d'Espagnols "pouvaient se considérer comme appartenant à la classe moyenne élevée, dépensant comme s'ils en faisaient partie, mais sans patrimoine, sans épargne et sans travail fixe".

C'est dans ce contexte que la bulle immobilière éclate en 2008, ouvrant une crise sans précédent. Suivent la récession, l'avancée du chômage et la politique d'austérité.

En 2011 et 2012, le mécontentement des Espagnols s'exprime lors de grandes manifestations dans les rues, contre la politique de rigueur et contre l'ensemble des institutions.

Entachée par les soucis de santé du roi et les scandales, la monarchie ne semble plus intouchable.

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BOURBON

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