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Le Rwanda accuse HRW de faire la "propagande" de groupes terroristes

02/06/2014 07:44 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

Human Rights Watch (HRW) est devenu "le porte-voix de groupes terroristes" et mène une "campagne de propagande" contre le Rwanda, estime le ministère rwandais de la Justice dans un document publié lundi par la presse locale.

"Pour le Rwanda il est devenu, de façon frustrante, impossible de différencier les activités de HRW (...) et la propagande politique pour des groupes terroristes", estime le ministère dans une "évaluation" du travail de l'ONG, intégralement publiée dans le quotidien pro-gouvernemental New Times.

Contacté par l'AFP, l'organisation de défense des droits de l'Homme n'a pas souhaité réagir publiquement pour le moment.

Le ministère menace implicitement de ne pas renouveler le "protocole d'entente" qui lie annuellement HRW aux autorités rwandaises et définit "les termes de l'activité au Rwanda" de l'ONG en vue "de travailler conjointement et de façon cohérente à une large protection des droits humains".

Ce protocole prévoit notamment que HRW recueille la position du gouvernement rwandais avant toute publication sur le Rwanda.

"Notre protocole d'entente a été soumis à un stress tellement intense que, du point du vue du ministère, il s'achemine vers des dégâts irréparables", poursuit le ministère de la Justice.

Celui-ci estime que "le schéma constant et répété des actions, activités et publications de HRW (...) ne peuvent avoir qu'une explication: une campagne de propagande délibérée, durable, aux objectifs politiques contre le gouvernement du Rwanda".

Il accuse l'ONG américaine de défense des droits de l'Homme d'être devenue "un porte-voix précieux pour des groupes criminels et/ou terroristes, particulièrement les FDLR, ennemis armés déclarés du gouvernement (...) qu'ils ont l'intention de renverser".

Les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), rebelles hutu rwandais qui sévissent dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), sont accusées par Kigali d'avoir pris une part active au génocide de 1994 au Rwanda, qui fit en trois mois environ 800.000 morts, essentiellement issus de la minorité tutsi.

Elles sont toujours considérées comme une menace par le gouvernement du président Paul Kagame qui, à la tête d'une rébellion, mit fin au génocide en prenant le pouvoir en juillet 1994.

Le ministère reproche également à HRW d'avoir "orchestré une campagne acharnée contre la police rwandaise et qui remet en cause l'indépendance du système judiciaire rwandais", à propos d'une récente affaire concernant un ancien officier rwandais accusé par Kigali d'être lié aux FDLR, remis par la police ougandaise au Rwanda.

Il fustige également l'ONG pour avoir dénoncé en mai une vague de "disparitions forcées au Rwanda" sans attendre les réponses du gouvernement rwandais à ce sujet.

En 2010, à l'approche de l'élection présidentielle au Rwanda, les autorités avaient refusé de renouveler le visa de travail d'une chercheuse britannique de HRW basée à Kigali, Carina Tertsakian, affirmant que sa demande comportait des "anomalies".

Dans son rapport, le ministère de la Justice a accusé l'actuel chercheur-résident de HRW d'avoir "sacrifié éthique, véracité, objectivité et intégrité" et conseille à HRW "un peu plus de reflexion dans le choix de celui qui la représente au Rwanda" si elle veut "conserver une position inattaquable".

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