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Incident de la CSeries: le pdg de Bombardier veut se montrer rassurant

02/06/2014 11:10 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Même s'il comprend la nervosité des actionnaires depuis l'incident de la semaine dernière ayant forcé Bombardier (TSX:BBD.B) à interrompre jusqu'à nouvel ordre son programme d'essais en vol de la CSeries, son président et chef de la direction, Pierre Beaudoin, leur demande d'être patients.

Le moteur du premier véhicule d'essais en vol concerné par l'incident de jeudi dernier — qui n'a pas fait de blessés d'après l'avionneur montréalais — a été envoyé à son manufacturier Pratt & Whitney, qui a procédé à son démantèlement dimanche.

M. Beaudoin, qui assistait lundi à l'allocution au Conseil des relations internationales de Montréal de Michael Sabia, pdg de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a cherché à minimiser l'impact négatif de cet incident.

«Oui il y a une certaine nervosité et nous comprenons que les gens posent des questions, a-t-il dit. Nous sommes en période de tests, c'est normal de vivre des événements (du genre) durant les essais en vol.»

Questionné à savoir s'il croyait que les actionnaires étaient nerveux, le pdg de Bombardier a souligné que la fluctuation du titre de l'avionneur, qui a abandonné neuf cents sur un très lourd volume de 25,5 millions d'actions vendredi dernier, l'illustrait.

«C'est un projet super important (la CSeries), a rappelé M. Beaudoin. On comprend que les investisseurs soient nerveux, mais les choses regardent bien à long terme.»

Le pdg de l'avionneur a également indiqué que pour l'instant, seul le moteur concerné par l'incident était inspecté.

«Ensuite on décidera s'il y a lieu de faire un peu plus, a dit M. Beaudoin. J'aimerais vous rappeler que le moteur (de Pratt & Whitney) a reçu la certification des autorités concernées.»

Ce dernier a également laissé entendre qu'il n'était pas certain que Bombardier dépêche un prototype de la CSeries au Royaume-Uni dans le cadre du Salon international de l'aéronautique de Farnborough qui doit se mettre en branle le 14 juillet.

«Nous avons toujours dit que notre priorité, ce sont les essais en vol», a dit son pdg.

Néanmoins, cela n'empêche pas plusieurs analystes du secteur de l'aéronautique de croire que l'incident de la semaine dernière devrait ajouter encore plus de pression sur le titre de l'avionneur.

Lundi, l'action de la société montréalaise a clôturé en baisse de 5 cents, à 3,64 $ à la Bourse de Toronto.

Des analystes craignent que cet incident ne ralentisse les tests en plus de faire grimper les coûts du programme de la CSeries, que Bombardier estime à 4,4 milliards $.

Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux, a notamment abaissé sa cible de 20 pour cent — à 4 $ — en ce qui a trait à l'action de l'entreprise en raison des risques reliés aux moteurs des appareils CSeries.

«Ce plus récent pépin augmente les inquiétudes que nous avions quant à la lente progression des essais en vol, écrit l'analyste dans un rapport. Ce problème avec le moteur pourrait influencer les coûts (du programme) et ralentir l'annonce de nouvelles commandes.»

Bombardier maintient que les premières livraisons de son nouvel appareil devraient avoir lieu au cours de la deuxième moitié de l'année 2015, comme prévu.

Kevin Chiang, de CIBC Marchés mondiaux, croit que ce sera le cas si la défectuosité du moteur se limite au premier véhicule d'essais en vol.

Selon l'analyste, seul le meilleur des scénarios relativement à cet incident serait en mesure de rassurer les investisseurs de Bombardier quant aux tests effectués sur ses nouveaux avions CSeries.

«Même si les conclusions (de l'enquête) demeurent inconnues, (l'incident) remet en question la possibilité de voir Bombardier respecter son échéancier ainsi que son budget quant à l'entrée en service (de la CSeries)», écrit-il dans une note.

De son côté, Chris Murray, d'AltaCorp Capital, souligne que la thèse préliminaire de l'incident implique une section de la turbine du moteur, plutôt que la boîte de vitesse du ventilateur, une composante cruciale du moteur.

«Nous nous attendons à d'autres mises à jour au cours de la semaine, mais nous croyons que la situation demeure gérable après seulement 48 heures, explique-t-il dans un rapport. L'enquête devrait prendre du temps, mais ce qui nous intéresse est de savoir combien de temps il faudra afin de corriger ce problème.»

Cet incident pourrait également réduire les chances de Bombardier de décrocher de nouvelles commandes lors du prochain Salon international de l'aéronautique de Farnborough, croit Joseph Nadol, de JP Morgan.

«Bombardier s'attendait à miser sur son programme d'essais en vol pour stimuler les commandes, mais l'incident de la semaine dernière a mis un frein aux essais», écrit l'analyste dans une note.

Ce dernier s'inquiète également quant à la composition du carnet de commandes de la CSeries, qui comprend un engagement pour 447 appareils de 18 clients provenant de 15 pays, dont 203 commandes fermes. Bombardier s'attend à avoir reçu 300 commandes fermes au moment de la livraison de son premier CS100, au cours de la deuxième moitié de l'année 2015.

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