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Cimenterie en Gaspésie: Québec confirme l'aide financière, la CAQ s'insurge

02/06/2014 01:19 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

QUEBEC - Ridicule, disproportionné, mauvais «deal», François Legault a enfilé lundi les formules lapidaires contre le projet de cimenterie de Port-Daniel-Gascons en Gaspésie.

L'aide publique consentie à ce projet dépasse le million de dollars par emploi créé, a dénoncé le leader de la Coalition avenir Québec (CAQ) à la suite de la décision du gouvernement Couillard de donner son aval à l'investissement.

«On parle d'une aide gouvernementale de 450 millions $, donc plus d'un million de dollars par emploi. On envoie un bien mauvais message à tous les entrepreneurs au Québec qui ont des projets», a-t-il décrié en point de presse.

En fait, la contribution gouvernementale, accordée par l'entremise d'Investissement Québec (IQ), comprend un prêt de 250 millions $ et une prise de participation de 100 millions $ en capital-actions. À cette somme s'ajoutent 100 millions $ en capital-actions de la part de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

La cimenterie gaspésienne, un projet de Ciment McInnis piloté par Laurent Beaudoin, de Bombardier, doit en principe créer 200 emplois directs une fois les activités lancées en 2016. L'investissement total est évalué à 1,1 milliard $.

Que les mesures de soutien prennent la forme d'un prêt et d'une prise de participation ne change rien aux yeux du chef de la CAQ. Il accuse le gouvernement de faire un bien mauvais usage des fonds publics.

«Quand on prête de l'argent, on est obligé de l'emprunter, de le mettre sur notre bilan. Ça augmente le ratio dette-équité. Est-ce que ce gouvernement veut réduire la dette du Québec ou s'il veut l'augmenter?», a-t-il soulevé.

Plus encore, M. Legault estime qu'une aide financière de cette ampleur pour un projet industriel au Québec est une première dans les annales.

«Je n'ai jamais, jamais, jamais vu ça. C'est disproportionné, c'est ridicule, c'est une mauvaise utilisation des fonds publics, et c'est un mauvais message au moment où on veut convaincre des entrepreneurs d'investir au Québec. On ne peut pas leur dire: ''vous pourrez peut-être avoir un million de dollars par emploi'', c'est complètement disproportionné», a-t-il dit.

Sur le seul plan de la viabilité économique, la cimenterie de Port-Daniel risque, selon le leader caquiste, de cannibaliser les quatre autres cimenteries en exploitation au Québec.

Inquiète, la cimenterie Holcim de Joliette a mis sur la glace son projet de réfection de 250 millions $, a-t-il rappelé pour illustrer son propos.

«Est-ce que M. Couillard va offrir un million de dollars par emploi à la cimenterie Holcim?», a ironisé M. Legault en interpellant le premier ministre.

«Qui l'a convaincu de faire un aussi mauvais deal, est-ce que ce sont les promoteurs? Est-ce que ce sont les intervenants en Gaspésie? Quand va-t-il faire d'autres deals comme ça? Moi, je connais plein d'entrepreneurs qui aujourd'hui sont très intéressés à investir avec un million de dollars d'aide gouvernemental (par emploi)», a-t-il ajouté.

Le projet de financement pour la construction de la cimenterie de Port-Daniel avait été annoncé par le gouvernement péquiste au mois de janvier, soit quelques mois avant le déclenchement des élections.

Après avoir semé le doute sur sa volonté d'aller de l'avant, le ministre de l'Économie, Jacques Daoust, a décidé d'honorer la promesse du précédent gouvernement.

Il a déclaré lundi que le montage financier, les retombées de l'entente sur les accords commerciaux et la solidité du plan d'affaires de Ciment McInnis avaient satisfait à ses attentes.

À l'Assemblée nationale, le premier ministre a quant à lui répliqué au chef de la CAQ en vantant les vertus du projet pour le développement économique de la Gaspésie.

«Ce projet-là est une bonne transaction d'affaires pour le Québec et également un message d'espoir et de prospérité pour les régions du Québec, et particulièrement de la Gaspésie. Qu'a-t-il à offrir aux Gaspésiens?», a questionné M. Couillard.

Le premier ministre a aussi affirmé que la nouvelle mouture «libérale» du projet était nettement meilleure que celle annoncée par le Parti québécois en janvier.

«C'est une belle proposition d'affaires où les risques sont bien répartis. (...) Je dois dire que le projet a été singulièrement amélioré sur le plan du partage de risque par l'intervention de notre collègue (Jacques Daoust)», a-t-il dit.

Partenaire du projet à hauteur de 100 millions $, la Caisse de dépôt et placement du Québec pense elle aussi avoir fait une bonne affaire tant le marché d'exportation lui semble prometteur.

«Nous sommes convaincus de la qualité de ce projet», a dit le grand patron de la Caisse, Michael Sabia, à Montréal.

La cimenterie de Port-Daniel va cibler le marché des exportations au nord-est des États-Unis et va par le fait même contribuer à améliorer «la performance des exportations du Québec dans le monde», a noté M. Sabia.

«Nous sommes très à l'aise, nous avons une bonne équipe d'opérateurs, et allez-y», s'est-il enthousiasmé en entrevue.

Quoi qu'il en soit, la Coalition avenir Québec entend continuer à lutter contre l'engagement de l'État dans le projet gaspésien tout comme le lobby des cimenteries québécoises.

«Je ne peux pas vous dire quelles seront les prochaines actions, on doit s'asseoir parce que honnêtement, aujourd'hui, on est sidéré, on n'en reviens juste pas, ça ne s'annonçait pas pour être comme ça il y a une semaine avec M. Daoust», a laissé tomber le porte-parole du Regroupement pour l'équité dans l'industrie cimentière québécoise, Michel Binette.

«Les emplois qui vont être créés en Gaspésie vont être perdus dans les autres cimenteries au Québec, pour nous c'est clair, net et précis», a-t-il prédit, reprochant au gouvernement d'avoir «trahi» l'industrie.

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