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Bachar al-Assad, autocrate à l'apparence courtoise

02/06/2014 10:00 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT

Bachar al-Assad, qui a remporté sans surprise la présidentielle syrienne, est un autocrate à l'apparence courtoise, combinant les images de chef de guerre et de bon père de famille.

Physiquement, Bachar al-Assad ne correspond pas à l'image que l'on se fait d'un dictateur au Proche-Orient, comme c'était le cas en Irak avec Saddam Hussein, ou en Libye avec Mouammar Kadhafi. Tous deux avaient des traits durs et une allure sévère.

Rien de tel chez cet homme de 48 ans. Il porte rarement l'uniforme militaire, préférant les complets bien coupés à l'occidentale, les cravates sobres et ressemble plutôt à un cadre supérieur, un peu frêle, presque timide.

Mardi, le jour de la présidentielle qu'il a remportée avec plus de 88,7% des suffrages, c'est l'image d'un homme décontracté et moderne qu'il a voulu donner, en se prêtant notamment à un "selfie" avec un groupe de jeunes, une photo relayée sur Twitter et Facebook.

Cet ancien ophtalmologue a vu son destin bifurquer à la suite de la mort en 1994 du "dauphin" Bassel, son frère aîné, tué dans un accident de la route à Damas.

Il est alors contraint de quitter Londres où il poursuivait une spécialisation et où il a rencontré sa femme Asma, une syro-britannique de confession sunnite qui travaillait à la City pour JP Morgan. Bachar al-Assad est lui issu de la minorité alaouite, une branche du chiisme, dans un pays majoritairement sunnite.

Il suit un cursus militaire avant d'être initié aux dossiers politiques par son père Hafez al-Assad, avec qui il partage un caractère froid et énigmatique. Hafez, au pouvoir depuis 1970, est alors un chef d'Etat à la poigne de fer, personnage incontournable dans la région et notamment dans le conflit israélo-arabe.

A la mort de Hafez en 2000, il lui succède à l'issue d'un référendum et sera reconduit en 2007.

- Sûr de gagner -

A son arrivée au pouvoir, il commence par injecter timidement une dose de liberté, mais quelques mois plus tard le mouvement de réformes est étouffé et les meneurs du "Printemps de Damas" sont arrêtés.

Et, quand dans le sillage des Printemps arabes, la révolte gronde dans son pays en mars 2011, il la réprime sans pitié puis se lance dans une guerre contre les rebelles, qu'il assimile à des "terroristes manipulés" par l'étranger.

Au cours du conflit qui a fait plus 162.000 morts, déplacé près de la moitié de la population et transformé une partie du pays en champ de ruines, son caractère intraitable s'est affirmé.

Homme élancé, aux yeux bleus et à la fine moustache, il affiche derrière son sourire une détermination inébranlable et une volonté implacable d'écraser la rébellion, ignorant les appels pressants des capitales occidentales, qui appuient les insurgés, à son départ du pouvoir.

Chef du Baas, le parti au pouvoir depuis un demi-siècle, il présente la révolte comme un complot ourdi par l'Occident et les pays du Golfe pour briser la "chaîne de la résistance" contre Israël, dont il affirme être un maillon.

"Après trois ans de guerre, il n'a pas pris une seule ride et pas un cheveu blanc car il est sûr d'être dans son bon droit et qu'il gagnera", insiste un homme d'affaires très proche du pouvoir.

- Apparence décontractée -

Père de deux garçons et d'une fille, il confie n'avoir rien changé à ses habitudes pendant la guerre: il habite toujours dans sa maison à Damas, conduit lui-même ses enfants à l'école et travaille dans son bureau au centre-ville.

Sauf pour les grandes réceptions, il dédaigne le palais du Peuple, construit par son père. "Il préfère l'intimité de son bureau", explique un collaborateur.

Il s'épanche seulement en parlant de ses enfants. "Oui c'est difficile de leur expliquer la guerre", confiait-il à l'AFP dans un entretien exclusif en janvier.

Les photos diffusées pour sa campagne électorale le montrent en train de faire du vélo en jeans et T-shirt comme n'importe quel bobo occidental.

Il affirme en outre n'avoir jamais pensé à quitter le pays. "Je dois être aux premiers rangs des défenseurs de la patrie", avait-il dit à l'AFP.

Quant aux accusations de l'ONU sur sa responsabilité dans des "crimes contre l'humanité et de crime de guerre", il les rejette en bloc.

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