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Afghanistan: la libération des cinq talibans de Guantanamo effraie la population

02/06/2014 12:14 EDT | Actualisé 02/08/2014 05:12 EDT
MILpictures by Tom Weber via Getty Images

"Acte irresponsable", réminiscence des "années sombres", "impact négatif sur le processus de paix": la libération des cinq talibans de Guantanamo a saisi d'effroi une partie de la population afghane, inquiète à l'idée qu'ils puissent revenir sur le champ de bataille.

Les cinq hommes, d'anciens cadres du régime taliban (1996 - 2001) considérés comme toujours influents au sein de la rébellion islamiste, ont quitté la base de Guantanamo à l'issue d'un échange contre le sergent américain Bowe Bergdahl, 28 ans, détenu pendant cinq ans par les insurgés en Afghanistan.

Ils sont arrivés dimanche au Qatar, où ils devront rester un an, une garantie donnée à Washington pour leur échange contre le soldat américain.

Un an loin de l'Afghanistan, mais qu'arrivera-t-il après ?

"Ce sont des guerriers", lâche Waheed Paiman, un représentant de la société civile d'Hérat, grande ville et moteur économique de l'ouest afghan. "On peut craindre qu'ils retournent sur le champ de bataille".

"Leur libération aura aussi un impact négatif sur le processus de paix parce que la plupart d'entre eux sont des membres importants des talibans", et leur retour pourrait galvaniser les troupes des insurgés qui livrent une guérilla meurtrière dans le pays, ajoute M. Paiman.

Le mollah Omar, chef suprême de la rébellion islamiste, s'est d'ailleurs déjà enorgueilli de cette libération qu'il a qualifiée de "grande victoire", et des images montrant l'arrivée triomphale des cinq hommes au Qatar circulaient abondamment sur des sites internet favorables aux talibans.

Mais quand certains se réjouissent, d'autres font grise mine.

"Nous sommes presque au second tour de l'élection présidentielle (le 14 juin, ndlr) et la libération de ces cinq hauts responsables des talibans aura un impact psychologique négatif sur les gens. Cela risque de faire peur et de décourager les gens d'aller voter", avance Bahara Bahar, une militante féministe d'Hérat.

D'aucuns vont même plus loin en réclamant des poursuites contre ces anciens représentants d'un régime qui interdisait notamment l'éducation et le travail des femmes et bannissait la musique et les loisirs.

- "Du sang sur les mains" -

"Ils devraient être jugés, leur libération est un acte irresponsable", s'emporte Amir Mohammad Ziaye, directeur-adjoint d'un cercle religieux à Mazar-i-Sharif (nord), visant plus particulièrement l'un des cinq libérés, le mollah Norullah Noori, qui commandait la province de Balkh pour le régime taliban.

"Norullah Noori a du sang sur les mains", dit-il, faisant allusion à un massacre organisé par les talibans à Mazar-i-Sharif en août 1998.

"Nos proches et voisins ont été tués", renchérit Hussain Ali, un chauffeur de taxi de cette ville, évoquant les "années sombres" du régime taliban.

"Je suis profondément déçu d'entendre qu'ils ont été libérés", ajoute-t-il, accusant Kaboul et Washington de faire le jeu des insurgés et du "terrorisme".

Malgré tout, des Afghans veulent croire que cet échange de prisonniers aura à terme des conséquences positives sur le processus de paix en Afghanistan, actuellement au point mort.

"Les Etats-Unis ont franchi la première étape en vue de négociations de paix, car la toute première demande des talibans était la libération de ces prisonniers", souligne Wali Mohammad Adid, un journaliste-analyste de Kaboul.

"C'est du gagnant-gagnant pour Washington : il a pu récupérer leur soldat, tout en répondant à la requête des talibans", estime-t-il, espérant que des discussions de paix concrètes pourront commencer dans les prochains mois.

Si les talibans "rejoignent le processus de paix, leur libération aura eu un effet positif", acquiesce Rassoul Azimi, un étudiant d'Hérat. "Mais s'ils reviennent sur le champ de bataille, ce sera une catastrophe".

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