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Crime des Françaises en Argentine: le verdict après un procès marathon

01/06/2014 10:00 EDT | Actualisé 01/08/2014 05:12 EDT

Les familles de Cassandre Bouvier et Houria Moumni, tuées en Argentine en 2011, attendaient lundi le verdict du tribunal de Salta, qui juge trois Argentins accusés d'avoir frappé, violé et tué les deux Françaises.

Les trois accusés, en détention préventive depuis près de trois ans, risquent la réclusion criminelle à perpétuité.

Gustavo Lasi, 27 ans, qui travaillait occasionnellement dans le parc où elles ont été retrouvées mortes, devrait être condamné à la peine maximale, sauf coup de théâtre invraisemblable. Son empreinte ADN a été retrouvée sur le corps des deux jeunes femmes. A l'audience, il a reconnu un seul des deux viols et nie les meurtres, sans convaincre.

Ses complices présumés, deux travailleurs journaliers des environs du parc de la Quebrada de San Lorenzo, le lieu du crime, réfutent en bloc toutes les accusations et affirment être étrangers à cette affaire qui a ému l'Argentine, où les crimes contre les femmes tombent le plus souvent dans l'impunité.

Que s'est-il passé le 15 juillet 2011 sur les sentiers de la Quebrada de San Lorenzo?

Faute d'aveux des accusés, faute de témoin de la scène qui auraient permis de faire toute la lumière, le scénario de l'accusation a pris corps au fil d'un long procès, qui a débuté le 25 mars.

Après un colloque de sociologie à Buenos Aires sur les influences des cultures arabo-musulmanes en Amérique latine, les deux étudiantes parisiennes avaient décidé au pied levé d'aller passer quelques jours dans la province de Salta, dans le nord-est de l'Argentine.

Houria Moumni, 24 ans, et Cassandre Bouvier, 29 ans ont été vues vivantes pour la dernière fois le 15 juillet à 16h23, d'après le registre du parc, l'heure à laquelle le parc commence habituellement à se vider.

Deux semaines plus tard, le 29 juillet 2011, un promeneur découvrira par hasard en s'écartant d'un sentier les corps outragés des Françaises, partiellement dévêtus, à proximité d'un des belvédères de la Quebrada de San Lorenzo.

- Partie civile divisée

Gustavo Lasi a affirmé qu'il allait "tirer des pigeons" avec le fusil de son père dans le parc quand il est tombé sur par hasard sur Daniel Vilte et Santos Vera. Les trois hommes se connaissent depuis toujours. Le tandem Vilte-Vera aurait invité Lasi à les suivre, avant de trouver sur leur chemin les deux Françaises, selon la description de Lasi, le seul témoignage existant.

Là, Santos Vera, un jardinier de 34 ans, et Daniel Vilte, un maçon de 28 ans, leur auraient dérobé leurs sacs, appareil-photo et téléphones portables en les menaçant d'un revolver, avant de les violenter, puis de les violer, toujours selon Lasi, qui dit s'être éloigné après le viol, ne pas savoir ce qui s'est passé ensuite, ni entendu de coup de feu.

La plupart des parties civiles ont demandé aux trois juges du tribunal de condamner les trois accusés à la perpétuité, c'est leur intime conviction, forgée à Salta où ils ont suivi les audiences du procès, et vu défiler près de 200 témoins.

Le procureur Felix Elias a réclamé la perpétuité contre Gustavo Lasi et Santos Vera, mais pas contre Daniel Vilte, dont il a demandé la remise en liberté.

L'avocat de Jean-Michel Bouvier, père de Cassandre, a demandé l'acquitement de Vera et Vilte. Pour lui, il n'y a pas de preuves pour les condamner. Depuis le début du procès, il dit qu'il préfère savoir que des coupables sont en liberté que de condamner des innocents.

Les parents, frère ou soeur de Houria et Cassandre, ont encaissé tout au long du procès les descriptions macabres, se sont agacés du mutisme des accusés, ont été stupéfaits par la célérité de l'enquête.

Dans un pays où le taux d'élucidation des crimes est très faible, l'enquête a abouti sous la pression du pouvoir politique.

Les accusés feront probablement appel en cas de lourde condamnation. Il y aura dans ce cas une révision du volumineux dossier, mais pas de deuxième procès.

Vilte vendait un revolver trois jours après le crime, ce qui a mis la puce à l'oreille des enquêteurs. Vera a été mis en cause par un test ADN avant que la contre-expertise s'avère négative. Leurs multiples déclarations contradictoires éveillent le doute.

ap/mpd

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