NOUVELLES

Peter Mutharika, frère cadet de l'ancien président mort en autocrate

30/05/2014 05:43 EDT | Actualisé 30/07/2014 05:12 EDT

Peter Mutharika, déclaré vainqueur de la présidentielle au Malawi vendredi, est le frère cadet de l'ancien président Bingu wa Mutharika décédé en 2012 dont il a été le ministre, mentor et héritier désigné alors que le régime se faisait de plus en plus répressif.

Agé de 74 ans, ce professeur de droit a vécu une trentaine d'années aux Etats-Unis dont il n'est revenu qu'en 1993 pour participer à l'écriture de la première Constitution démocratique de ce petit pays rural d'Afrique australe, après la dictature de Kamuzu Banda.

A partir de 2009, il a occupé plusieurs postes ministériels, à la Justice, à l'Education puis aux Affaires étrangères à partir de septembre 2011.

Quel sera son style? Durant la campagne, il a promis des "réformes économiques de fond pour sortir les pauvres de la misère et les conduire vers la prospérité".

Mais, remarque le politologue malawite Boniface Dufani, "on ne sait pas à quoi s'attendre avec lui, c'est un homme de peu de paroles".

En revanche, on se souvient de lui à l'université du Malawi, secouée en 2011 par une grave crise après le licenciement de trois enseignants à la langue un peu trop bien pendue au goût des frères Mutharika. "Dans cette période délicate où la liberté de penser était mise à mal, M. Mutharika a surtout brillé par son manque de charisme", ajoute M. Dufani.

Conseiller personnel et diplomatique de son défunt frère, Peter Mutharika se prépare depuis longtemps à devenir chef de l'Etat.

Le Parti démocratique progressiste (DPP), celui de son frère, l'a choisi dès 2010, bien avant l'heure, comme tête d'affiche pour l'élection présidentielle 2014.

La télévision publique lui a alors déroulé le tapis rouge, tandis que la vice-présidente Joyce Banda, brusquement sur la touche, n'a pas eu d'autre issue que d'entrer en dissidence, créant son propre parti.

Le scénario dynastique écrit par les deux frères, dans lequel un Mutharika devait succéder à un autre Mutharika et devenir le meilleur bouclier contre d'éventuelles poursuites pour corruption visant le sortant, a finalement échoué au décès brutal de Bingu le 5 avril 2012, victime d'une crise cardiaque.

Douche froide pour Peter Mutharika, ce fut une divine surprise pour l'opposition et la société civile, qui multipliaient depuis des mois les veillées de protestation et appels à la démission, réfugiés dans des églises pour échapper à la répression policière.

En juillet 2011, des émeutes, les plus violentes depuis le retour de la démocratie en 1994, avaient ensanglanté les grandes villes du Malawi, faisant 18 morts, abattus à balles réelles par la police de Bingu wa Mutharika.

Au décès de Bingu, Peter Mutharika est soupçonné d'avoir tenté de cacher le cadavre et intrigué pour empêcher Mme Banda d'hériter, conformément à la Constitution, du fauteuil présidentiel, dans lequel il se voyait déjà assis.

Un avion a même été affrété pour faire hospitaliser le président --pourtant déjà mort-- en Afrique du Sud.

Peter Mutharika a été depuis inculpé de haute trahison à l'issue d'une enquête ordonnée par Mme Banda. Elu, il échappera sans doute à la justice, au contraire de Mme Banda qui pourrait être inquiétée dans le scandale de corruption du "Cashgate" qui a éclaté en octobre.

Fils d'un directeur d'école, né en 1940 dans un village du district de Thyolo (sud) perdu dans des plantations de thé, Peter Mutharika a quitté le Malawi dans les années 1960.

Il est entré en politique dans l'ombre de son frère en 2009 alors que Bingu, déjà président depuis 2004, était crédité d'un bon premier mandat, notamment pour son soutien efficace à l'agriculture de subsistance.

Facilement réélu, Bingu s'est ensuite fâché avec tout le monde, opposition, donateurs, Malawites, et la paralysie de l'économie aidant, le pays semblait au bord de l'explosion quand il est décédé: stations d'essence à sec, magasins aux rayons vides et liberté d'expression bâillonnée.

L'achat d'un jet présidentiel privé en 2010, alors que le pays était à genoux faute de réserves de change, restera comme le plus fort symbole de cette dérive. Scandalisée, la Grande-Bretagne, l'ex-puissance coloniale et principal bailleur de fonds, avait réduit son aide.

Mme Banda a mis son point d'honneur à revendre l'appareil, tout comme elle a restauré les couleurs du drapeau malawite adopté à l'indépendance en 1964, que M. Mutharika avait changé.

bur-clr/liu/plh

PLUS:hp