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Le mouvement de Tiananmen et l'écrasement du printemps de Pékin

30/05/2014 02:58 EDT | Actualisé 29/07/2014 05:12 EDT

Le 4 juin 1989, les chars de l'armée chinoise écrasaient place Tiananmen le printemps de Pékin et annihilaient les espoirs de réformes politiques de millions de Chinois.

Un quart de siècle plus tard, le régime communiste maintient toujours une stricte censure sur ces événements.

Qui étaient les manifestants ?

Les étudiants, à l'origine de la mobilisation, ont ouvert la voie à un mouvement beaucoup plus large, rassemblant dans les manifestations des ouvriers -- dont les membres d'un syndicat indépendant né avec les événements --, des artisans, des cols blancs parmi lesquels des intellectuels, des journalistes de la presse officielle, des universitaires, et même des magistrats et des policiers ou des cadres du Parti communiste.

On estime qu'environ 100.000 étudiants ont pris part aux manifestations à Pékin qui, durant sept semaines, ont rassemblé plusieurs millions de personnes et se sont étendues à plus de 300 villes de Chine.

Que voulaient les manifestants ?

Dans les années 1980, la Chine de Deng Xiaoping défait l'héritage maoïste et s'ouvre à l'étranger, lançant des réformes économiques audacieuses. Les manifestants, sous les mots d'ordre de "liberté !" et "démocratie !", demandent qu'elles s'accompagnent de réformes politiques du régime autoritaire.

Le népotisme et la corruption sont aussi leurs cibles --les manifestants demandent la transparence des revenus des dirigeants--, sur fond d'inquiétudes sur l'emploi et l'inflation, alors de 27%. Mais seule une minorité appelle au renversement du parti unique.

Les manifestations sont déclenchées par la mort le 15 avril 1989 du dirigeant réformateur Hu Yaobang, le chef du Parti limogé par Deng Xiaoping en janvier 1987 pour sa modération envers une première vague de manifestations étudiantes.

Quelles formes ont pris les manifestations ?

Entièrement pacifiques à Pékin et dans la plupart des autres villes chinoises, elles ont pris la forme de marches avec banderoles, de tribunes et de forums pour des discours publics, de sit-ins et de grèves de la faim.

Quelques manifestations auraient dégénéré en émeutes à Xian et Changsha.

Comment fut engagée la répression ?

Le pouvoir s'est profondément divisé sur la gestion de la crise. La ligne dure l'a emporté et le 20 mai, la loi martiale a été proclamée. Les étudiants ont refusé de quitter la place Tiananmen et la population a édifié des barricades aux entrées de Pékin pour empêcher l'accès des militaires.

Dans la nuit du 3 au 4 juin, l'armée, forte de dizaines de milliers de soldats appuyés par des centaines de chars et autres blindés, a donné l'assaut en ouvrant le feu sur la foule jusqu'à parvenir à la place Tiananmen.

Quel fut le bilan des victimes ?

Aucun bilan définitif officiel n'a été fourni. La plupart des recoupements de sources indépendantes font état de plusieurs centaines et jusqu'à plus d'un millier de morts à Pékin, sans compter le reste de la Chine.

Le maire de la capitale à l'époque, Chen Xitong, condamné plus tard pour corruption, avait affirmé fin juin 1989 que la répression des "émeutes contre-révolutionnaires" avaient fait quelque 200 morts, dont 36 étudiants, et 3.000 blessés chez les civils, et "plusieurs dizaines" de tués et 6.000 blessés dans l'armée.

Les "Mères de Tiananmen", qui regroupent les familles ayant perdu un enfant, ont recensé les noms de 202 d'entre eux.

Des dizaines de morts ont également été rapportés en province, notamment à Chengdu (sud-ouest).

Quelles furent les réactions internationales ?

L'intervention militaire fut condamnée dans les pays occidentaux, qui aidèrent des membres du mouvement à se réfugier à l'étranger, notamment en France et aux Etats-Unis. Un embargo sur les ventes d'armes à la Chine a été imposé par l'Europe et les Etats-Unis.

Quelles furent les suites en Chine ?

L'association Dui Hua, basée aux Etats-Unis, estime qu'une centaine de personnes ont été exécutées et 15.000 arrêtées.

Les dirigeants jugés trop conciliants avec les protestataires ont été les cibles de purges, dont le chef Parti communiste chinois à l'époque, Zhao Ziyang, qui passera les 15 dernières années de sa vie en résidence surveillée.

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