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La vague europhobe risque de compliquer les relations USA/UE

30/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 29/07/2014 05:12 EDT

La vague europhobe aux élections européennes risque de compliquer les relations transatlantiques et attiser l'anti-américanisme, au moment où l'Union européenne et les Etats-Unis négocient un ambitieux traité de libre-échange, redoutent des experts.

Le triomphe en Europe --notamment en France et au Royaume-Uni-- de partis anti-européens, d'extrême droite, voire racistes et xénophobes, a été accueilli avec circonspection à Washington.

"Nous sommes disposés à travailler avec toutes les organisations politiques et tous les dirigeants qui soutiennent les principes fondamentaux des droits de l'homme, de la démocratie et de l'Etat de droit et nous espérons le faire avec les dirigeants de l'UE pour poursuivre cette relation transatlantique", a prudemment commenté la porte-parole du département d'Etat, Jennifer Psaki.

Pour marquer symboliquement l'attachement aux liens historiques entre l'Amérique et l'Europe, le président Barack Obama est attendu la semaine prochaine en Normandie pour le 70e anniversaire du Débarquement allié. Il doit être reçu le 5 juin à l'Elysée par le président François Hollande après un sommet du G7 à Bruxelles et une visite à Varsovie.

Cela sera son deuxième voyage en Europe en deux mois.

Déjà fin mars à Bruxelles, M. Obama avait rendu hommage aux sacrifices des soldats américains sur le Vieux Continent durant la Première Guerre mondiale, salué les liens avec les institutions européennes et la solidité de l'Alliance atlantique, tout en mettant en garde les jeunes Européens sur la fragilité des acquis démocratiques.

- Traité transatlantique "en danger" -

Outre ces symboles forts, les deux blocs négocient depuis juillet 2013 pour créer la plus grande zone de libre-échange au monde, via un traité transatlantique (TTIP).

Mais en Europe, cet objectif fait craindre une dérégulation générale qui ouvrirait la porte au boeuf aux hormones américain ou aux organismes génétiquement modifiés.

"Le TTIP est en danger", met en garde Judy Dempsey, de la fondation Carnegie Europe, relevant que bien peu de dirigeants européens défendent un traité "très impopulaire".

La chercheuse y décèle "un extraordinaire anti-américanisme au sein de la gauche et de la droite --et même de la droite modérée-- comme on ne l'avait jamais vu auparavant" en Europe.

D'après elle, les "énormes différences entre l'Amérique et l'Europe" mises au jour par le TTIP seront exploitées par les partis europhobes, comme le Front national (FN) français de Marine Le Pen et le UK Independence Party (Ukip) britannique de Nigel Farage, grands vainqueurs des élections européennes.

Comme d'autres partis anti-européens, le FN est hostile au TTIP.

"Tout ce qui est important en termes de commerce ou de protection des données (dans le traité) devra être approuvé par le Parlement européen pour entrer en vigueur", s'inquiète Geoffrey Harris, un cadre du Parlement chargé des relations avec le Congrès américain.

Avant même les élections européennes, le climat était déjà pollué des deux côtés de l'Atlantique, selon Mme Dempsey. En cause, la "mauvaise gestion" par le président Obama du conflit en Syrie --en renonçant à la dernière minute à frapper Damas au grand dam de la France-- et le scandale du programme de surveillance de la NSA.

Les Américains "n'ont pas présenté leurs excuses, l'administration Obama a laissé la situation pourrir et ne s'est pas adressée aux opinions publiques en Europe", critique la spécialiste.

Signe toutefois de l'importance accordée au TTIP, le ministre estonien des Affaires étrangères Urmas Paet a rappelé jeudi, au côté de son homologue américain John Kerry, que "la relation UE/Etats-Unis était d'une absolue nécessité".

"Nous sommes aussi de fervents partisans des négociations sur un accord de libre-échange entre l'Union européenne et les Etats-Unis et nous espérons donc que cette zone verra le jour le plus tôt possible", a-t-il plaidé.

D'autres analystes redoutent que la vague europhobe accroisse les divergences entre les 28 sur la position à tenir dans la crise ukrainienne face à la Russie.

"Des partis d'extrême droite alliés contre nature à des partis d'extrême-gauche pourraient servir de Cheval de Troie à Moscou et compliquer, au Parlement européen, la coopération que recherchent les Etats-Unis avec l'Europe sur la Russie", écrit Damon Wilson, chercheur de l'Altlantic Council.

De fait, Mme Le Pen a jugé mercredi à Bruxelles qu'il "était stupide de la part de l'UE de rentrer en guerre froide avec la Russie".

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