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La Pologne fait ses adieux au général et leader communiste Wojciech Jaruzelski

30/05/2014 06:30 EDT | Actualisé 30/07/2014 05:12 EDT

VARSOVIE, Pologne - D'anciens adversaires et prisonniers du dernier dirigeant communiste de la Pologne, le général Wojciech Jaruzelski, ont assisté à ses funérailles vendredi, mais la présence de manifestants à l'extérieur témoignait des sentiments partagés des Polonais face à l'homme qui a décrété la loi martiale en 1981.

L'ancien président Lech Walesa et le président Bronislaw Komorowski ont assisté à une messe catholique en sa mémoire, dans la cathédrale de Varsovie.

La présence des deux hommes témoigne du niveau de réconciliation atteint entre les anciens communistes et ceux qui les ont renversés pacifiquement.

Le général Jaruzelski avait imposé la loi martiale en 1981 pour tenter d'écraser le mouvement Solidarité de Lech Walesa. Une centaine de personnes ont perdu la vie, et MM. Walesa et Komorowski comptent parmi des dizaines de milliers de militants qui ont été incarcérés.

Huit ans plus tard, toutefois, le général Jaruzelski a toléré le démantèlement pacifique du système soviétique. Il a brièvement occupé la présidence du pays avant d'être remplacé par M. Walesa.

Il maintient avoir imposé la loi martiale pour épargner à la Pologne une invasion soviétique.

Lors d'un bref discours, M. Komorowski a souligné à quel point la décision de l'ancien dirigeant d'imposer la loi martiale avait été difficile. Il l'a décrit comme «l'homme qui a porté le fardeau de la responsabilité de la décision la plus difficile et possiblement la plus dramatique de l'histoire de la Pologne après la Deuxième Guerre mondiale».

Il a également souligné que le général Jaruzelski a permis une transition politique pacifique «qui a porté fruit sous forme de notre liberté et de notre indépendance».

Lors d'un moment émouvant pendant la messe, M. Walesa est allé serrer la main de la veuve du général, de sa fille et de son petit-fils.

Mais des manifestants rassemblés à l'extérieur de l'église, essentiellement des Polonais un peu plus âgés, ne semblaient pas prêts à lui pardonner aussi rapidement. Certains portaient des écriteaux le qualifiant de traître ou prévenant qu'un meurtrier attend maintenant sa sentence.

Les amis et proches du général Jaruzelski se sont rendus, après la cérémonie, à un cimetière militaire pour l'inhumation de ses cendres. Des manifestants rassemblés sur place ont crié «traître» et «meurtrier», pendant que d'autres agitaient les photos de gens tués par le régime communiste.

Les sifflets des manifestants ont rivalisé avec un orchestre militaire au moment où les cendres du général étaient mises en terre. L'ancien président Aleksandre Kwasniewski a prononcé une brève eulogie.

La cérémonie religieuse, organisée à la demande de sa famille, en a pris plusieurs par surprise. Le général Jaruzelski était un partisan farouche du communisme soviétique, une idéologie athée qu'il avait imposée à sa patrie majoritairement catholique, essentiellement contre son gré.

L'ancien dirigeant, qui est décédé dimanche à l'âge de 90 ans, avait toutefois renoué avec la foi catholique de son enfance avant son décès. Il avait demandé à un prêtre de lui administrer l'extrême-onction et d'entendre sa confession. Il avait aussi reçu la communion.

Le général Jaruzelski est mort au terme d'un long combat contre le cancer et après avoir subi un accident vasculaire cérébral. Son décès est survenu dix jours avant le 25e anniversaire des premières élections partiellement libres du 4 juin 1989, qui ont mené à la chute du communisme et à son départ du pouvoir.

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