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France: le maître de l'Outrenoir, Pierre Soulages, consacré dans sa ville natale à 94 ans

30/05/2014 06:39 EDT | Actualisé 30/07/2014 05:12 EDT

Pour admirer Pierre Soulages, Rodez est désormais une étape obligée. Le président François Hollande a inauguré vendredi dans la petite cité provinciale du sud-ouest, à plus de 600 km de Paris, le musée abritant la plus grande collection au monde d'oeuvres du maître de l'abstraction.

Pierre Soulages, le peintre de "l'Outrenoir", est exposée dans les plus grands musées de la planète. Mais c'est à sa ville natale de 27.000 habitants qu'il revient de présenter le plus grand ensemble d'oeuvres de celui qui est, sa modestie dût-elle en souffrir, "le peintre vivant aujourd'hui le plus exceptionnel", selon les mots de M. Hollande.

"Rodez, vous y êtes né, c'était hier, il y a 94 ans", a dit le président français, debout à un pupitre devant un grand tableau du peintre, "Rodez, vous lui faites le plus beau des cadeaux avec vos oeuvres, votre adhésion (au projet de musée Soulages, longtemps rejeté, ndlr) ainsi que celle de Colette, car vous êtes toujours deux à décider".

Dès son arrivée dans le hall du tout nouveau musée de 6.000 mètres carrés, Pierre Soulages, fringant dans un costume noir, s'est assis au milieu d'une nuée d'enfants, tout sourire au côté de Colette, son épouse depuis 72 ans. "C'est formidable, le travail que vous avez fait" ici, a dit le peintre à un constructeur. "Pas à la hauteur du vôtre", a répondu le complimenté à l'auteur de plus de 1.500 peintures sur toile depuis 1946.

A quelque distance de là, au pied de la cathédrale, la visite présidentielle a été l'occasion d'une nouvelle manifestation de contestation, alors que le chef d'Etat bat des records d'impopularité, et après une nouvelle déroute de la gauche aux élections européennes, remportées par l'extrême droite.

- "La peinture, un point, c'est tout" -

Les policiers ont fait usage de lacrymogènes pour tenir à distance des intermittents, agriculteurs et métallurgistes qui voulaient s'inviter à l'inauguration. Un important cordon de police a été mis en place sur l'avenue menant au musée pour faire barrage aux manifestants.

Mais plusieurs centaines d'habitants de Rodez sont aussi venus participer à la fête et attendre sous le soleil l'ouverture des portes au public prévue à 17H00 GMT. "Nous, les Aveyronnais, on ne connaît que les tripoux (plat typique de la région, à base de tripes de veau)! L'Outrenoir et l'oeuvre de Soulages, pour nous, c'est encore l'inconnu...", dit, en souriant André Montels, 65 ans, posté derrière les barrières de sécurité dès le matin et décidé à "être l'un des premiers à entrer le musée".

"La ville a beaucoup douté de ce projet depuis dix ans, rapporte ce vendeur en pain et pâtisserie, parce que ça représentait tant d'argent! Mais, finalement, je vois que ça peut être très intéressant, avec l'affluence des étrangers qui viendront voir le musée Soulages, l'abbatiale de Conques, le viaduc de Millau, etc. alors qu'avant, honnêtement, le centre de Rodez, c'était mort".

En 2010, l'exposition Soulages au Centre Pompidou à Paris avait accueilli un demi-million de visiteurs. Alors le musée de Rodez table sur 150.000 visiteurs à l'année.

L'artiste - dont une peinture de 1959 s'est vendue l'an dernier à plus de 5 millions d'euros aux enchères à Londres - a fait don de 500 oeuvres et documents au musée. "On a ici 100 oeuvres sur papier, 130 estampes, 35 peintures sur toile, trois bronzes, une trentaine de plaques de cuivre et les cartons préparatoires aux vitraux" que le peintre conçut spécialement pour un chef-d'oeuvre de l'art roman, l'abbatiale de Conques, située dans la région, énumère Amandine Meunier, régisseur des collections.

A 27 ans, Soulages était déjà reconnu à l'étranger comme un artiste, non figuratif, radical. A partir de 1979, il se mit à travailler essentiellement l'effet de "la lumière réfléchie par des états de surface du noir". Une sélection de 21 très grands tableaux baptisés "Outrenoir" - pour désigner "un autre champ mental que celui du simple noir" - font l'objet à Rodez d'une exposition temporaire exceptionnelle, grâce aux prêts de grands musées européens.

Pourtant, même s'il semblait ravi de l'accueil, Soulages n'attendait pas particulièrement ce musée ni cette consécration nationale. "Vous savez, ce n'est pas le but de notre vie", a glissé son épouse à l'AFP. "Ce qui intéresse mon mari, c'est faire de la peinture, un point c'est tout".

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