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Anticosti: le ministre Arcand donne le feu vert à des activités de forage

30/05/2014 11:07 EDT | Actualisé 30/07/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - À la recherche de l'or noir, le gouvernement Couillard donne le feu vert à des activités de forage sur l'île d'Anticosti au cours de l'été.

Conformément à l'entente conclue par l'ancien gouvernement péquiste avec les sociétés Corridor Resources et Pétrolia, une quinzaine de sondages seront effectués pendant la période estivale dans le sol de l'île, a indiqué vendredi le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand.

Des travaux plus poussés, notamment le forage de trois puits avec fracturation hydraulique, seront menés pendant l'été 2015 si les résultats d'une évaluation environnementale stratégique (ÉES) spécifique à l'île d'Anticosti sont favorables.

«Cette décision n'implique pas que nous allons nous lancer dans l'exploitation pétrolière à ce stade-ci. Seuls les sondages seront autorisés sur l'île d'Anticosti cet été. Le gouvernement prendra une décision par la suite au printemps (2015) selon les conclusions du rapport d'étape» de l'ÉES, a expliqué M. Arcand, flanqué du ministre de l'Environnement, David Heurtel, en conférence de presse.

M. Arcand a aussi annoncé une seconde évaluation stratégique, cette fois «globale» et portant sur les hydrocarbures, y compris les gaz de schiste. L'objectif poursuivi est de sonder le potentiel gazier et pétrolier du Québec et déterminer «les meilleures pratiques» pour l'exploration et l'exploitation de la ressource. Le rapport final de cette évaluation est attendu à l'automne 2015.

N'en déplaise à certains groupes environnementalistes, le pétrole continuera de jouer un rôle central dans l'économie du Québec dans les décennies à venir, a fait comprendre le ministre Arcand.

«Vous comprendrez qu'avec plus de 50 pour cent de notre consommation énergétique totale, il est impensable de se passer d'hydrocarbures dans les prochaines décennies. Soyez assurés cependant que toutes les conditions devront être réunies avant d'envisager une exploitation», a-t-il affirmé.

Parmi ces conditions figurent la sécurité des personnes, la protection de l'environnement et l'adhésion des communautés concernées.

Pendant les échanges avec les médias, M. Arcand a dit vouloir vérifier une fois pour toutes si le sous-sol québécois renferme les richesses espérées.

«On a entendu dire qu'il y avait un potentiel de plusieurs milliards de dollars de revenus. Est-ce que c'est vrai? Je pense que c'est la moindre des choses d'au moins aller voir ce qui en est, d'aller voir si véritablement il y a cette manne dont on dit qu'elle est là. (...) Après ça, on prendra nos décisions», a-t-il dit.

Les deux évaluations stratégiques annoncées vendredi font partie du «Plan d'action gouvernemental sur les hydrocarbures», une feuille de route qui ratisse large.

En outre, Québec veut accélérer les pourparlers avec le gouvernement fédéral pour définir les règles du jeu quant à l'exploitation éventuelle du gisement Old Harry, dans le golfe du Saint-Laurent. Un projet de loi à cet effet sera déposé dans quelques mois. Le gouvernement québécois entend aussi collaborer avec l'Office national de l'énergie concernant le projet d'oléoduc Énergie-Est de TransCanada.

Québec s'engage par ailleurs à mandater «rapidement» le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) pour étudier les travaux de construction d'un terminal maritime à Cacouna dans le Bas-Saint-Laurent.

Au terme de la démarche, un projet de loi «complet et intégré» sur les hydrocarbures sera présenté à l'automne 2015, a indiqué le ministre Arcand. D'ici là, Québec déposera un règlement sur la protection des eaux potables en plus de reconduire le moratoire sur l'exploration des gaz de schiste dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent.

En réaction, le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, a salué le maintien du moratoire mais a reproché au gouvernement Couillard sa complaisance envers le projet de pipeline de TransCanada.

«On donne le go au pipeline de TransCanada sans examen public par le gouvernement du Québec, sans BAPE, et sans pouvoir autoriser ou non. (...) Nous, on aura les risques, les avantages économiques sont pour les autres», a-t-il déploré.

L'opposition péquiste a pour sa part accusé le gouvernement libéral de s'acharner, contre la volonté de la population, à faire revivre la filière du gaz de schiste.

«Ils essaient de rouvrir la filière du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent par une quatrième évaluation environnementale. Après trois, ils auraient dû comprendre que le monde n'en voulait pas (mais) ils se ressayent avec une quatrième», a dénoncé le député Bernard Drainville, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie.

Quant à elles, les Chambres de commerce ont applaudi, au nom des entreprises, la décision du ministre de respecter l'entente prévoyant des travaux cet été à l'île d'Anticosti.

«Il y avait une entente qui avait été prise avec le précédent gouvernement et ce n'est pas parce qu'il y a eu un changement de gouvernement qu'on déchire tout», a déclaré François William-Simard, de la Fédération des Chambres de commerce du Québec (FCCQ).

«Pour les entreprises, il est important lorsqu'elles signent des ententes, qu'elles sachent que ça va pouvoir se poursuivre dans le temps. Il y a potentiellement du pétrole à l'île d'Anticosti et il est important d'aller voir s'il y en a», a-t-il ajouté.

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