NOUVELLES

Un Mondial à double-tranchant pour la présidente-candidate Rousseff

29/05/2014 06:13 EDT | Actualisé 29/07/2014 05:12 EDT

La présidente brésilienne Dilma Rousseff, candidate à sa réélection en octobre, a terriblement besoin d'un succès de la Coupe du monde de football, sur et en-dehors du terrain, face une opinion maussade et frondeuse.

La "Seleçao" cinq fois championne du monde, plus favorite que jamais, n'aura pas droit à l'erreur. Mme Rousseff, elle, sera au moins en partie jugée sur le déroulement d'un Mondial dont la facture faramineuse et la préparation chaotique ont soulevé une vague de mécontentement, selon des analystes.

Le choix du Brésil comme pays organisateur du Mondial-2014, en 2007, devait couronner l'état de grâce du géant émergent d'Amérique latine, alors cité en exemple pour sa croissance économique fulgurante et ses programmes sociaux.

"En 2007, la Coupe représentait la consécration des années dorées. Aujourd'hui, la perception, c'est que beaucoup de promesses sur les travaux d'infrastructures, de transports, n'ont pas été tenues. Ne pas construire de stades n'aurait pas changé grand chose à la santé ou à l'éducation. Mais le sentiment de la rue est que priorité a été donnée à la Coupe", explique Ricardo Ribeiro, analyste de MCM Consultores.

Une vague de grève sectorielles et de manifestations, alimentée par des syndicats et certains partis d'extrême gauche, secoue à nouveau le pays à deux semaines du coup d'envoi.

- Fronde sociale -

Elles sont certes sans proportion avec la fronde sociale massive qui avait ébranlé le pays en juin 2013 pendant la Coupe des confédérations, pour exiger une remise à niveau de services publics de base déficients au "standard Fifa". Mais au "pays du futebol", 66% des Brésiliens estiment que le Mondial apportera plus d'inconvénients que de bénéfices.

Parallèlement, la popularité de Dilma Rousseff joue au yoyo. Elle s'était effondrée l'an dernier pendant la fronde sociale. Elle est remontée ensuite progressivement, en partie grâce au programme "plus de médecins" qui a fait venir des milliers de docteurs cubains dans les campagnes reculées.

Depuis le début de l'année, elle s'est de nouveau effritée sur fond de critiques sur l'organisation du Mondial, de scandale attisé par l'opposition sur la gestion du joyaux national, la compagnie pétrolière Petrobras, d'économie au ralenti, d'inflation à la hausse.

Selon le dernier sondage Ibope, la présidente est néanmoins remontée en mai de trois points, avec 40% d'intentions de vote.

Mais ses adversaires, le sénateur social-démocrate Aecio Neves (PSDB) et le président du Parti socialiste brésilien (PSB) Eduardo Campos, progressent. Au point que la plupart des analystes parient désormais sur un second tour serré. Aecio Neves - qui vient d'obtenir le soutien de l'ex-star Ronaldo, aujourd'hui membre du comité organisateur de la Coupe - obtient 20% (six points de plus qu'en avril) et le socialiste Eduardo Campos 11% (cinq points de plus).

- Destins croisés -

Nombre d'analystes soutiennent que le sort de la présidente n'est pas lié à la sélection nationale du Brésil, pays où Mondial et présidentielle coïncident tous les quatre ans sans forcément s'épouser.

La défaite de 1998 n'avait pas empêché la réélection la même année de Fernando Henrique Cardoso. Pas plus que le sacre de 2002 n'avait entravé l'arrivée au pouvoir de l'opposant Luiz Inacio Lula da Silva face au dauphin désigné du président sortant Cardoso.

"Le Brésil peut être champion et moi perdre l'élection. Le Brésil peut l'emporter et moi ne pas être réélue. Une chose ne dépend pas de l'autre, a récemment estimé la présidente. Mais ne doutez pas que je vais supporter à fond le Brésil pour qu'il soit champion".

"Certes, la Coupe du monde est une chose et l'élection en est une autre. Mais si le gouvernement perd le contrôle, que les manifestations reprennent de plus belle ou que se produisent des incidents et des failles d'organisation, alors il se présentera affaibli aux élections", souligne pour sa part André Cesar, directeur du cabinet de consultants Prospectiva.

"En revanche, ajoute-t-il, si à la fin du Mondial le Brésil reçoit des éloges pour son organisation, alors cela deviendra une arme de propagande très positive".

Le gouvernement a lancé une campagne officielle pour défendre les aspects positifs du Mondial: emplois, recettes, développement du tourisme...

Et le vice-président du Parti des travailleurs (PT, au pouvoir) Albert Cantalice, veut croire que quand le ballon se mettra enfin à rouler, la coupe redeviendra pour les Brésiliens "l'événement le plus bienvenu au monde".

ym/cdo-pal/dla/ig

PLUS:hp