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Entre le Salvador et New-York, la vie coupée en deux de Mirna

29/05/2014 02:30 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

Dans l'espoir d'une vie meilleure, Mirna a fait appel à un passeur pour quitter le Salvador et émigrer aux Etats-Unis. Avant de partir, elle a dit à ses quatre enfants: "Vous allez manquer d'amour, mais pas de soutien".

Plus de 17 ans plus tard, dans le sud-est de New York, cette femme de 43 ans continue aujourd'hui de soutenir ses enfants en faisant le ménage et la cuisine chez des particuliers.

En les quittant, "je leur ai dit que je partais pour cinq ans, mais je savais bien qu'il n'en serait pas ainsi", raconte à l'AFP cet femme menue au visage rond, qui a laissé Liliana, 11 ans, Sindy, 9 ans, Roxana, 6 ans, et Javier, à peine quatre ans, aux bons soins de leurs grands-mères dans le nord du Salvador.

Mirna est l'une des millions de Centraméricains qui ont passé illégalement la frontière, à leurs risques et périls, pour vivre le rêve américain et nourrir leur famille au pays.

Aux Etats-Unis, alors qu'elle parle à peine l'anglais, Mirna a exercé toutes sortes de métiers: femme de ménage, ouvrière à l'usine, aide de cuisine dans un restaurant salvadorien ou encore employée de maison de retraite.

Au long de ces années, à force de sacrifices, elle est parvenue à offrir un soutien non négligeable à ses enfants. Ses deux aînés ont fini par émigrer aux Etats-Unis avec leur père dans l'Etat voisin du Maryland, mais elle continue de subvenir aux besoins de ses deux cadets.

A plus de 3.000 km de son foyer, Mirna n'a pas vraiment eu le loisir de voir ses enfants grandir. Longtemps privée de papiers et manquant d'argent, elle n'a pu se rendre qu'à trois reprises au Salvador.

Peu après son arrivée à New-York, elle rencontra Fernando, un compatriote avec qui elle a eu trois filles: Maria Fernanda, 3 ans, Emely, 2 ans, et Melissa, 14 ans.

Depuis, sa vie est partagée entre les Etats-Unis et le Salvador, dont elle se sent toujours proche. "Je suis une mère très protectrice, de caractère. Je sermonne mes enfants par téléphone faute de pouvoir être là-bas", explique-t-elle, assise dans le canapé de ses employeurs dans le quartier de Brooklyn.

- Un tiers des Salvadoriens expatriés -

Issue d'une famille modeste de San Francisco, village de montagne situé à 90 km au nord de San Salvador, dans la région de Chalatenango, Mirna n'a jamais pu étudier et a rapidement dû travailler comme vendeuse à la sauvette. A 14 ans, elle était enceinte, et à 20 ans son mariage avec José battait déjà de l'aile. Son avenir lui semblait bouché.

Elle s'est alors endettée pour payer les 7.000 dollars demandés par un "coyote" (trafiquant de sans-papiers, ndlr) pour effectuer le périlleux voyage vers l'eldorado américain, comme le font chaque année des milliers de Centraméricains.

Près d'un tiers des Salvadoriens vivent aujourd'hui à l'étranger: le pays compte 6,2 millions d'habitants, mais 3 autres millions vivent hors du pays, pour 85% aux Etats-Unis. En 2013, ils ont envoyé au pays 4 milliards de dollars (2,8 mds d'euros) pour aider leurs proches, ce qui constitue 15,9 % du PIB.

Rencontré par l'AFP au Salvador, son fils Javier, aujourd'hui un étudiant âgé de 20 ans, explique qu'il a d'abord vécu avec ses soeurs chez Juana, la mère de Mirna. Lorsque celle-ci est tombée gravement malade, ils ont été accueillis par Gudelia, leur grand-mère paternelle.

Fier de sa mère, il est conscient de son courage et de ses sacrifices: ma mère "nous raconte qu'elle finit ses journées fatiguée car elle sort tard de son travail et qu'elle doit rentrer à la maison pour préparer le dîner (...) Ma mère est une travailleuse tout-terrain", clame-t-il.

Dans le village d'El Rosario, où vivent quelque 200 âmes, une route asphaltée, des maisons en dur et plusieurs 4X4 témoignent de l'apport considérable de la manne envoyée par la communauté expatriée.

Confortablement installée dans une coquette maison bleu ciel et blanche bordée de fleurs et d'arbres fruitiers, Gudelia se dit satisfaite de ne plus manquer d'argent et de médicaments, grâce à la générosité de Mirna et José.

"Les +remesas+ nous aident à couvrir nos besoins... Mais la solitude se fait sentir", concède-t-elle.

Comme pour beaucoup d'émigrants, la famille semble avoir pris des voies différentes qui ne se croiseront plus. Comme sa soeur Roxana, Javier n'envisage pas de quitter la modeste maison de San Francisco payée par Mirna. "Emigrer? Non. parce que cela nous éloignerait de la famille. En particulier de ma grand-mère Juana et de Gudelia, qui ont joué pour nous les rôles de père et de mère tout au long de ces années", poursuit le jeune homme.

Javier et Roxana entretiennent l'espoir que leur mère revienne un jour. Mais celle-ci, à New York, écarte tout retour en arrière. "Je serais la femme la plus heureuse du monde si mes enfants venaient travailler ici".

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