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Un "Hymne à l'été" au centre du débat sur la laïcité en Finlande

28/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 27/07/2014 05:12 EDT

Faire entonner aux élèves de Finlande l'"Hymne à l'été", chant chrétien traditionnel, ne va plus de soi pour ceux qui contestent la place de l'Église luthérienne dans la vie publique du pays.

"Mon âme, attache ta voix au choeur/Et remercie le Seigneur, car charitable il est", dit entre autres ce cantique dans sa version finnoise, "Suvivirsi".

Si beaucoup d'écoles publiques le font chanter ces jours-ci, elles n'obligent aucun enfant. Mais certains s'agacent qu'elles placent chacun d'entre eux devant une alternative radicale: louer Dieu ou se taire.

"L'élève devrait pouvoir aller à l'école sans que la question de ses convictions religieuses soit soulevée", soutient le président de la Ligue des libres-penseurs finlandais, Petri Karisma, interrogé par l'AFP.

L'association milite depuis longtemps en faveur d'une séparation plus nette entre vie publique et religion, car selon elle l'intimité confessionnelle des enfants est aujourd'hui mise en danger.

La Finlande est, comme tous les pays d'Europe de l'Ouest, en voie de déchristianisation. L'Église luthérienne de Finlande est séparée de l'État dans la Constitution, mais bénéficie d'un statut privilégié en droit public. Elle a non seulement perdu plus de 357.000 fidèles en dix ans, mais l'immigration a fait décroître la prédominance du protestantisme.

Elle regroupe 75% de la population, contre plus de 90% dans les années 1970.

Le débat sur la laïcité s'est emballé quand le vice-chancelier de Justice, autorité indépendante, s'est dit inquiet de la tournure que prenaient les cérémonies religieuses au sein des établissements scolaires publics.

"Les cérémonies telles qu'elles sont mises en oeuvre posent problème du point de vue de la neutralité des pouvoirs publics et de la liberté de conscience", a déclaré Mikko Puumalainen fin mars.

En effet, de petites cérémonies religieuses sont souvent organisées le matin dans les écoles. Et il n'est pas rare que l'Église s'invite aussi aux fêtes scolaires. Parfois, des temps de prière sont intégrés aux emplois du temps.

- Des enfants mis à l'écart -

Pour les partisans de la présence de l'Église à l'école, les non-croyants sont respectés dans leurs convictions.

"Ce sont justement les traditions qui lient les générations les unes aux autres", explique sur son blog le directeur d'une école de la ville de Sastamala (sud-ouest), Jari Andersson, dont l'établissement a été visé par une procédure pour empêcher de faire chanter l'"Hymne à l'été" lors de la rentrée scolaire.

"À la fête du printemps, une grand-mère peut se joindre à son petit-fils pour chanter et partager le même sentiment", défend-il.

Mais des directeurs d'école mesurent mal le sentiment d'exclusion des élèves qui ne sont pas protestants, affirme à l'AFP, sous couvert d'anonymat, une psychologue scolaire qui a travaillé dans sept écoles publiques de la région de la capitale Helsinki. "On détourne l'attention du problème de fond, qui est la discrimination silencieuse", considère-t-elle.

Une enquête de la télévision publique Yle auprès de centaines de chefs d'établissements a montré que seules 40% des écoles proposaient des activités aux enfants non luthériens lorsque leurs camarades luthériens en pratiquent une liée à leur religion.

Près d'un quart des écoles publiques n'offrent qu'une salle de classe vide aux non-luthériens, où ils sont voués à attendre.

"Séparer un enfant du reste de son groupe est destructeur", juge la psychologue.

L'Église luthérienne bénéficie d'autres privilèges. Le fisc prélève pour elle et pour l'Église orthodoxe des impôts ecclésiastiques. Ces impôts sont obligatoires pour les adhérents de l'Église et pour toutes les entreprises, optionnels pour les autres particuliers.

Nombre de ses pasteurs officient dans l'armée, les hôpitaux publics, et même l'un d'entre eux au sein de la délégation olympique finlandaise.

- Regain de popularité -

Dans les franges les plus conservatrices, on espère qu'il en sera toujours ainsi. Et l'"Hymne à l'été" a connu un certain regain de popularité chez elles.

Début mai, le Parti des Finlandais, formation de la droite eurosceptique et anti-immigration, l'a chanté à deux reprises lors de son rassemblement annuel. "Même si certains ont essayé d'interdire notre cher hymne, nous allons le chanter", a dit lors d'une messe l'un des députés, Anssi Joutsenlahti, selon le site internet du parti.

Les pro-laïcité se disent prêts à un défi dans les urnes.

"Je rêve de voir cette problématique devenir l'un des principaux thèmes de la campagne des prochaines élections législatives en 2015", confie-t-il.

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