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Syrie: Bachar al-Assad, un chef de guerre convaincu de sa victoire

28/05/2014 02:57 EDT | Actualisé 27/07/2014 05:12 EDT

Le président syrien Bachar al-Assad, assuré de remporter la présidentielle du 3 juin qu'il a organisée, est convaincu d'avoir sauvé son régime face à une rébellion et à des pays occidentaux comme arabes exigeant son départ.

"Il est persuadé que malgré la houle, il est le seul chef d'Etat arabe à être resté à la barre et il veut montrer en organisant ce scrutin en temps et en heure qu'il est le garant des institutions que ses adversaires veulent détruire", explique à l'AFP l'un de ses collaborateurs.

Agé de 48 ans, cet ophtalmologue de formation, qui a succédé en 2000 à son père Hafez, mort après avoir dirigé pendant 30 ans le pays d'une main de fer, a maintes fois dit qu'il ne lâcherait pas prise, quel qu'en soit le prix.

Face à ce qui a commencé comme une révolte pacifique en mars 2011 dans le sillage du Printemps arabe, celui que l'on présentait comme un "moderniste" a opté pour une répression sanglante.

Au fil de cette révolte qui s'est militarisée, faisant plus 162.000 morts, son caractère intraitable s'est affirmé.

D'un abord courtois et décontracté, il affiche derrière son sourire une détermination inébranlable et une volonté implacable d'écraser la rébellion qu'il assimile à des "groupes terroristes manipulés" par l'étranger.

Chef du Baas, le parti de la renaissance arabe, il veut présenter la révolte contre son régime comme un complot ourdi par l'Occident et les pays du Golfe pour briser la "chaîne de la résistance" contre Israël, dont il affirme être un maillon.

- 'Fuir pas une option' -

"Fuir n'est pas une option (...). Je dois être aux premiers rangs des défenseurs de la patrie. C'était mon seul scénario depuis de le début de la crise", a confié en janvier à l'AFP M. Assad qui, malgré la guerre, vit à Damas avec sa femme et ses trois enfants.

Lorsque la Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme l'accuse nommément "de responsabilité dans des crimes contre l'humanité et de crime de guerre", M. Assad fait la sourde oreille.

Il assure que son camp n'a commis "aucun massacre" durant le conflit mais accuse en revanche les rebelles d'en commettre "partout".

Même fin août 2013, alors qu'il fait face à la menace d'une intervention militaire étrangère en Syrie, il peaufine une image de sérénité lorsqu'il reçoit les journalistes étrangers.

L'un de ses conseillers assure que M. Assad n'a jamais douté de sa victoire. "Il m'a remonté le moral à plusieurs reprises et m'a assuré qu'au bout de la route se trouvait la victoire".

- 'Fruits des alliances' -

Pour Volker Perthes, directeur de l'Institut allemand international et de sécurité, "il est clair qu'il a consolidé sa position et ces élections ont lieu pour démontrer qu'il tient bien les régions sous son contrôle".

Cette élection, théoriquement la première depuis plus d'un demi-siècle, a été qualifiée de "farce" par l'opposition et l'Occident, et critiquée par le secrétaire général de l'ONU.

Mais le président syrien croit que cette consultation arrive au bon moment, en expliquant qu'il y a "un tournant dans la crise au niveau militaire ainsi qu'au niveau politique" avec des accords sécuritaires ponctuels entre rebelles et armée.

Car Bachar al-Assad a suivi les traces de son père. Il s'est appuyé sur les alliances nouées par Hafez avec la Russie dès les années 1970, avec l'Iran dans les années 1980 quand la Syrie fut le seul pays arabe à soutenir Téhéran dans sa guerre contre l'Irak, et avec le mouvement chiite libanais Hezbollah.

"Aujourd'hui, il récolte les fruits de ces alliances" assure Souhail Belhadj, auteur de la "Syrie de Bachar al-Assad, anatomie d'un régime autoritaire" et chercheur à l'Institut des hautes études internationale et du développement à Genève.

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