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Le général à la retraite Roméo Dallaire démissionne de son poste de sénateur

28/05/2014 11:25 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

OTTAWA - L'un des personnages marquants de l'histoire militaire canadienne contemporaine, le général Roméo Dallaire, a confirmé mercredi qu'il démissionne de son poste de sénateur pour se consacrer à son travail humanitaire à l'international, notamment pour aider les enfants soldats et pour la prévention des génocides.

M. Dallaire avait été nommé au Sénat en mars 2005 par le premier ministre Paul Martin.

Sa dernière journée à la Chambre haute sera le 17 juin, après neuf ans passés dans son enceinte.

Il s'agit bel et bien d'une démission, insiste-t-il, et non pas d'une retraite: «Je ne connais pas ce mot», a-t-il dit avec sérieux.

En point de presse, le sénateur a expliqué que sa charge de travail sur la scène internationale a augmenté de façon considérable et qu'il ne «peut faire les deux en même temps».

«Je quitte parce que j'ai des devoirs en dehors du Sénat qui m'appellent», a dit l'homme de 68 ans.

Roméo Dallaire affirme ne pas quitter en raison de problèmes de santé, lui qui est hanté depuis 20 ans par le syndrome de stress post-traumatique, après avoir vécu le tragique génocide rwandais.

«Je voyagerai encore plus maintenant et je serai encore plus impliqué sur la scène internationale que maintenant, s'est-il exclamé. Je ne quitte pas mon emploi pour avoir le temps de faire d'autres choses. Je quitte un emploi parce que j'en ai un autre encore plus exigeant.»

Son départ n'est pas non plus dû au scandale des dépenses au Sénat, qui a entaché la réputation de l'institution, a-t-il assuré.

«Ça n'a rien à faire avec ma décision», a-t-il fermement déclaré, laissant toutefois entendre que les sénateurs avaient été un peu laissés à eux-mêmes lors de la controverse.

Il affirme toutefois ne pas quitter le Sénat insatisfait et croit avoir eu la chance de pouvoir «changer les choses». Le Parlement était le lieu où il pouvait trouver des solutions à des problèmes qui lui tiennent à coeur, comme le sort des vétérans et de leurs familles.

Mercredi, Roméo Dallaire en a profité pour répéter sa profession de foi envers l'institution.

«La Chambre haute n'est pas que nécessaire, elle est essentielle, cruciale, pour assurer un équilibre du pouvoir», a-t-il dit. Il croit toutefois que le Sénat vit une période de transition et de grands changements.

Les troupes de Justin Trudeau subissent une double perte: non seulement celle d'un collègue qu'ils avaient en grande estime, mais aussi un sénateur libéral, rendant les conservateurs encore plus puissants au Sénat.

«Je suis triste de le voir quitter la Colline parlementaire mais je sais qu'il va continuer à faire honneur aux Québécois et aux Canadiens dans son travail à l'international qui va se poursuivre avec encore plus d'intensité», a déclaré le chef libéral, Justin Trudeau, qui se trouvait à Québec pour y rencontrer le premier ministre Philippe Couillard.

Après le choc initial de la nouvelle — un secret bien gardé, pour une fois —une pluie de louanges a suivi.

Le leader du caucus libéral au Sénat, James Cowan, a admis avoir perdu un modèle de sénateur qui aidait à maintenir la bonne réputation de la Chambre haute.

Quant au sénateur conservateur Hugh Segal, il a souligné que M. Dallaire était un sénateur exemplaire qui travaillait pour le bien commun, en faisant abstraction de la partisanerie. Et que grâce à lui, les gens pourraient parler du fait qu'ils souffrent du syndrome de stress post-traumatique «sans aucune honte».

Le premier ministre Stephen Harper a remercié, sur son compte Twitter, le sénateur libéral pour «avoir servi les Canadiens».

Quant au chef du Nouveau parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, il a notamment qualifié le sénateur «d'extraordinaire Canadien».

Roméo Dallaire avait été propulsé à l'avant-scène internationale en 1994, alors qu'il dirigeait la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR) au moment du génocide de la communauté tutsie par des extrémistes hutus.

Le général Dallaire, qui commandait une petite force militaire légèrement armée, avait lancé plusieurs appels à la communauté internationale pour qu'elle s'interpose afin d'arrêter le massacre, mais ses appels étaient demeurés lettre morte. Plus de 800 000 Rwandais ont péri.

Il avait été nommé à deux postes de commandement à son retour au Canada en 1994, avant d'être promu au quartier-général de la défense en 1996.

Souffrant du syndrome de stress post-traumatique, il avait démissionné de l'armée en 2000 et sombré dans une profonde dépression, au cours de laquelle il a tenté de se suicider. Il a par la suite été un fervent porte-parole en matière de sensibilisation au stress post-traumatique.

Encore aujourd'hui, il dit «vivre chaque jour ce que j'ai vécu il y a 20 ans, comme si c'était arrivé ce matin».

Il a occupé diverses fonctions, dont membre du Comité consultatif des Nations unies sur la prévention du génocide et conseiller spécial du ministre responsable de l'Agence canadienne de développement international sur les questions concernant les enfants touchés par la guerre. Il a mis sur pied la Fondation Général-Roméo-Dallaire et créé l'Initiative Enfants soldats, un projet qui vise à éliminer l’utilisation d’enfants soldats.

En 2003, le général Dallaire publiait son livre «J'ai serré la main du diable», dans lequel il raconte son expérience au Rwanda et qui a été porté deux fois à l'écran sous forme de long métrage et de documentaire. Deux autres films, «Hôtel Rwanda» et «Un dimanche à Kigali», donnent une place prépondérante à son rôle à la tête de la MINUAR.

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