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Le cancer de la peau continue de progresser au pays

28/05/2014 03:00 EDT | Actualisé 27/07/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Alors que la belle saison est à nos portes, la Société canadienne du cancer (SCC) tire la sonnette d'alarme. Dans un rapport rendu public mercredi, l'organisme prévient qu'un type de cancer — l'un des plus facilement évitables — progresse davantage que les autres: le cancer de la peau.

Au Québec, environ 930 mélanomes et 30 000 autres cas de cancer de la peau (de types carcinome spinocellulaire et carcinome basocellulaire) seront diagnostiqués au courant de l'année, soit environ 30 pour cent du nombre total de cas.

Pour ce type de cancer, qui est devenu le plus courant dans l'ensemble du Canada — ex aequo avec le cancer du poumon, à l'heure actuelle —, le principal facteur de risque n'est pas génétique, mais bien environnemental.

La surexposition aux rayons ultraviolets (UV) du soleil ou des lits de bronzage est à pointer du doigt, peut-on lire dans le document préparé en collaboration avec l'Agence de la santé publique du Canada, Statistique Canada ainsi que les registres de cancer provinciaux et territoriaux.

«Malheureusement, la mode du bronzage est encore présente et les gens ont un peu perdu les consignes de sécurité. Ils s'exposent plus qu'avant et se protègent moins qu'il y a 20 ans. On voit qu'il y a encore de l'éducation à faire», résume André Beaulieu, porte-parole de la SCC.

«Les jeunes bébés, les enfants, ça, les parents ont compris. C'est bien intégré dans les moeurs. Mais dès que l'adolescence arrive, les consignes de sécurité sont complètement mises de côté», poursuit-il en entrevue avec La Presse Canadienne.

L'entrée en vigueur en février dernier de la loi québécoise interdisant aux moins de 18 ans de fréquenter les salons de bronzage est un pas dans la bonne direction, estime-t-il.

Les jeunes, surtout les adolescentes, devenaient rapidement accros à ces appareils, qui projettent des rayons UV d'une puissance de cinq à 15 fois plus élevée que ceux du soleil.

«La majorité des clients qui allaient dans les salons de bronzage commençaient avant l'âge de 18 ans. Le 'pattern' que l'on observait, c'était qu'il y en avait beaucoup avant les cérémonies de diplomation, en secondaire cinq, expose M. Beaulieu. Et malheureusement, l'habitude durait jusqu'à la fin de la vingtaine.»

Martine Provost s'est glissée dans ces machines qu'elle appelle désormais des «cercueils» alors qu'elle était adolescente. La jeune femme aujourd'hui âgée de 33 ans, au teint et aux cheveux naturellement foncés, se faisait aussi dorer au soleil sans trop pécher par excès de prudence.

Le diagnostic, «brutal», est tombé le 14 mai 2013. Sa dermatologue lui a annoncé qu'elle était atteinte d'un mélanome et qu'il fallait opérer immédiatement, ce qui fut fait avec succès.

«C'était la fin de mon histoire avec le soleil», lâche-t-elle à l'autre bout du fil.

«Dans mon histoire, il y a quand même de l'espoir, parce qu'ils m'ont prise au bon moment — surtout qu'il y avait des métastases, poursuit Mme Provost. Maintenant, je me dis que c'est mon devoir de rencontrer les jeunes, surtout les jeunes filles, pour passer le message qu'il n'y a pas de façon sécuritaire de se faire bronzer.»

En février 2012, la SCC avait proposé dans un mémoire déposé en commission parlementaire d'inclure dans le projet de loi sur les salons de bronzage l'imposition d'une taxe à la séance de 10 pour cent, avec un prix plancher de 1 $. L'organisme s'inspirait d'une loi adoptée aux États-Unis en juillet 2010.

À la lumière des statistiques rendues publiques mercredi, faudrait-il envisager d'amender la loi québécoise afin d'y inclure une telle disposition? Le porte-parole de la SCC ne se montre pas chaud à l'idée, disant préférer attendre de voir comment les choses ont évolué depuis.

«Vous savez, il y a des pays qui ont banni complètement l'industrie du bronzage. On n'est pas rendus là. Nous, on dit quand même qu'il y a le libre choix de la personne. Je pense qu'on est encore à l'étape de conscientiser les gens», fait valoir M. Beaulieu.

La pression exercée par l'explosion du nombre de cas de cancer de la peau sur le système de santé est non négligeable: au Canada, les coûts atteignent actuellement environ 532 millions $ par année, et on s'attend à ce que cette somme grimpe à 922 millions $ par année d'ici 2031, selon la SCC.

Le cancer de la peau n'est toutefois pas le seul à progresser au pays, constate-t-on à la lecture du rapport intitulé Statistiques canadiennes sur le cancer 2014.

Inévitablement, le vieillissement de la population et la croissance démographique ont une influence à la hausse sur le nombre de cas répertoriés.

«On ne pourra rien faire contre ça. Là où on pourra faire des gains dans les prochaines années, c'est au niveau de la prévention et du dépistage précoce», souligne André Beaulieu.

Dans le cas du cancer colorectal, l'un de ceux dont l'impact sur la mortalité est le plus élevé, la SCC exhorte le ministère de la Santé et des Services sociaux à déployer au plus vite le Programme québécois de dépistage du cancer colorectal (PQDCC) à l'ensemble des Québécois âgés de 50 à 74 ans.

Dans le cas du cancer du poumon, le combat est bien loin d'être gagné, et ce, malgré les nombreuses campagnes de prévention et de sensibilisation aux conséquences du tabagisme qui ont été mises en oeuvre dans les dernières années.

Plus d'hommes au Québec qu'ailleurs au pays recevront un diagnostic de cancer du poumon, et près du tiers des décès par cancer, soit 31 pour cent (27 pour cent au Canada), sont imputables au seul cancer du poumon (hommes et femmes), souligne-t-on dans le rapport.

La proportion de cancers «évitables» — 60 pour cent en compilant ceux du poumon et de la peau — surpasse donc les cancers dont les causes sont plutôt de nature génétique.

Martine Provost, elle, veut éviter à tout prix de revivre le même cauchemar, mais ne s'empêche pas de vivre pour autant.

«Je suis allée dans le Sud cet hiver, alors c'est sûr que ça m'a causé un petit stress. J'ai passé la semaine sous les parasols, avec un chapeau... et disons je suis très contente que les robes longues soient à la mode, parce que ça m'a permis de me protéger les jambes», rigole-t-elle.

Le rapport complet sur les statistiques canadiennes en matière de cancer est disponible sur le site Internet de la SCC.

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