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La junte thaïlandaise diffuse des vidéos des détenus à la télévision

28/05/2014 08:32 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

BANGKOK - La junte militaire qui a pris le pouvoir en Thaïlande la semaine dernière a ordonné à toutes les stations de télévision du pays de diffuser mercredi des vidéos montrant certains des dirigeants politiques les plus connus à avoir été arrêtés, dans l'espoir de convaincre la population que les détenus ne sont pas maltraités par les soldats.

Les vidéos montrent cinq détenus s'entretenant avec des officiers militaires dans un endroit non précisé. Le plus connu d'entre eux est Jatuporn Prompan, le leader du mouvement des «Chemises rouges» qui avait promis de réagir si l'armée s'emparait du pouvoir.

M. Jatuporn et deux autres membres des Chemises rouges ont été relâchés quelques heures après la diffusion de ces images.

La junte a aussi indiqué, mercredi, qu'une soudaine interruption de l'accès à Facebook en après-midi n'était pas due à la censure mais plutôt à un problème technique. La panne n'a pas touché tous les abonnés, mais elle a suscité beaucoup d'intérêt en ligne. L'interruption d'une heure est survenue peu de temps après que le gouvernement ait annoncé des mesures de répression contre Internet.

L'armée, qui détient encore plusieurs membres importants du gouvernement qu'elle a chassé, a convoqué 253 personnes, essentiellement des politiciens, chercheurs, journalistes et militants perçus comme étant des détracteurs du régime. Environ 70 d'entre eux sont toujours détenus, 130 ont été libérés et 53 ne se sont jamais livrés aux autorités, a indiqué mercredi en conférence de presse le porte-parole de la junte, le colonel Weerachon Sukhondhapatipak.

Il a ajouté que tous ceux qui ont été relâchés ont tout d'abord dû s'engager, par écrit, à ne rien faire qui puisse avoir un impact négatif sur la sécurité nationale. Ceux qui contreviendront à cette promesse seront passibles de deux ans de prison.

Ces engagements expliquent aussi pourquoi ceux qui ont été libérés jusqu'à présent, comme l'ancienne première ministre Yingluck Shinawatra, ne se sont pas encore exprimés publiquement.

Le seul ancien dirigeant à avoir dénoncé le coup d'État, le ministre de l'Éducation Chaturon Chaisang, a été rapidement arrêté par l'armée mardi, au terme d'une conférence de presse impromptue. On a appris, mercredi, qu'il sera accusé d'avoir refusé de se livrer à l'armée.

Des centaines de manifestants se sont de nouveau rassemblés à Bangkok, mercredi. Des échauffourées ont éclaté, pendant lesquelles des bouteilles d'eau ont été lancées aux soldats. Un véhicule militaire a aussi été vandalisé.

Un autre porte-parole de l'armée, le colonel Nattawut Chancharoen, a expliqué que les vidéos ont été diffusées pour calmer les craintes et les critiques concernant le sort des détenus. Il a affirmé que personne ne sera détenu plus de sept jours, et que personne n'est torturé ou maltraité.

Deux des dirigeants aperçus dans les vidéos n'ont pas été libérés, à savoir l'ancien vice-premier ministre Pracha Pomnonk et un ancien parlementaire démocrate qui a dénoncé publiquement le coup d'État.

Un leader des Chemises rouges relâché, Kokaew Pikulthong, a plus tard déclaré que «Nous avons été bien traités. Ce n'était pas le luxe, mais c'était vivable. Comme tout le monde, nous avons dû signer un engagement de ne pas participer à des activités qui pourraient provoquer la violence ou la division au pays».

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