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Juncker en pole position pour la Commission, mais la course n'est pas gagnée

28/05/2014 08:53 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

Jean-Claude Juncker est en pole position pour la présidence de la Commission, mais le candidat du centre-droit est loin d'avoir gagné la course car il devra surmonter l'hostilité de plusieurs chefs de gouvernement et impérativement obtenir le soutien des socialistes.

Le Parti populaire européen (PPE) est arrivé en tête des élections européennes, avec 213 sièges sur 751. Son candidat a donc revendiqué le poste dès dimanche soir. Mais il doit pour cela obtenir une double majorité: celle des chefs d'Etat et de gouvernement et au minimum 376 voix au Parlement.

Or M. Juncker se heurte à la franche hostilité de plusieurs dirigeants: le Premier ministre britannique David Cameron mais aussi, selon plusieurs sources européennes, des membres du PPE comme le Hongrois Viktor Orban, le Suédois Fredrik Reinfeldt ou le Finlandais Jyrki Katainen, dont le nom est par ailleurs cité pour le poste.

Après la vague europhobe des élections européennes, ils estiment que M. Juncker, Premier ministre du Luxembourg pendant 19 ans, est un homme du passé et n'est pas le mieux placé pour incarner les changements nécessaires.

Aucune fumée blanche n'est sortie mardi soir du conclave des dirigeants de l'UE. Ils ont confié au président du Conseil, Herman Van Rompuy, la tâche de mener des "consultations", autant sur le prochain chef de l'exécutif européen que sur les "priorités" pour les cinq prochaines années.

Les 28 ont ainsi clairement affiché leur volonté de garder la main. Mais ils veulent aussi éviter une crise avec le Parlement, qui défend bec et ongles sa logique parlementaire.

- "On a gagné du temps" -

La chancelière Angela Merkel, dont le rôle va être central dans ce processus, a joué la prudence. "En tant que membre du PPE, j'ai soutenu Jean-Claude Juncker comme candidat à la présidence de la Commission. (...) Mais je suis obligée de respecter les traités européens", a-t-elle déclaré, rappelant qu'il était hors de question que le choix soit imposé par le Parlement.

"L'ensemble du programme peut être réalisé sous sa direction, mais aussi celle de beaucoup d'autres, je n'ai aucun doute là-dessus", a-t-elle prévenu.

"On a gagné du temps", ont indiqué plusieurs sources. La mission du Belge Herman Van Rompuy, rompu à ce genre d'exercice dans son pays, devrait durer quelques semaines, avec l'objectif d'aboutir avant le prochain sommet européen fin juin.

La seule possibilité pour constituer une majorité au Parlement est une grande coalition avec les socialistes (191 sièges), avec l'apport éventuel des libéraux (64). Les socialistes veulent négocier leur soutien et réclament un rôle pour leur candidat, le président sortant du Parlement, Martin Schulz.

- Un tandem ? -

Cela pourrait se concrétiser dans une formule de tandem, un président et un vice-président de la Commission européenne, ont expliqué à l'AFP plusieurs sources européennes.

Mais ce scenario est loin d'être joué. Il faudrait que Mme Merkel accepte de nommer M. Schulz commissaire européen, et que M. Juncker accepte de lui voir jouer un rôle de "vice-chancelier", sur le modèle allemand, a-t-on souligné.

M. Schulz a annoncé mardi sa démission de la présidence du Parlement le 18 juin et sa volonté de se faire élire président du groupe socialiste, pour mieux négocier avec M. Juncker.

Si M. Schulz montait à la Commission, la présidence du groupe pourrait revenir à un démocrate italien, première composante nationale du groupe socialiste avec 31 élus, devant les allemands du SPD.

En demandant à M. Van Rompuy de travailler sur les "priorités" de l'UE pour l'avenir, les dirigeants européens veulent aussi fixer une "feuille de route" à la prochaine Commission, quel qu'en soit le président, souligne une source européenne.

Ils en ont défini cinq: croissance, compétitivité et emplois; union monétaire; lutte contre le changement climatique et union de l'énergie; sécurité et lutte contre l'immigration illégale; renforcement de la politique étrangère de l'UE.

Pour Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman, cela constitue l'ébauche d'une "réorganisation" de la Commission autour de "grands pôles", pilotés par des super-commissaires. Une manière de rendre la Commission plus efficace et plus lisible, à défaut de lui redonner un rôle moteur.

jlb-csg/bir

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