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France: des centaines de migrants évacués par la police à Calais

28/05/2014 09:28 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

Plusieurs centaines de migrants, certains victimes d'une épidémie de gale, ont été évacués mercredi par les forces de l'ordre françaises de la zone portuaire de Calais (nord), où ils étaient installés depuis des semaines dans l'espoir de rejoindre l'Angleterre.

Au total, quelque 200 policiers et gendarmes ont été mobilisés pour évacuer trois camps abritant environ 550 migrants, selon les estimations officielles.

L'opération, annoncée la semaine dernière, avait été vivement critiquée par les associations, parmi lesquelles Amnesty International, Médecins du monde ou encore le Secours catholique.

Arrivées à 7H30 (05H30) dans le "camp des Syriens", le plus important situé à quelques encâblures des ferries partant vers l'Angleterre, située à 38 km, les forces de l'ordre ont procédé presque sans bruit, vérifiant systématiquement l'ensemble des tentes sous l'oeil de militants associatifs et de migrants regroupés de l'autre côté de la rue.

Beaucoup de migrants de diverses nationalités avaient déjà quitté les lieux avant le début de l'opération pour gagner les dunes, appelées à Calais la "jungle", un site déjà évacué en 2009.

Une heure plus tard, l'évacuation était terminée, non sans qu'un petit groupe d'Afghans ait fait un peu de résistance. "Où sont les droits de l'Homme?", s'interrogeait l'un d'entre eux, dans un anglais approximatif, au milieu des tentes abandonnées.

Peu avant midi, le camp était rasé à la pelleteuse, tandis que les négociations se poursuivaient avec des migrants réfugiés dans un centre de distribution de nourriture, barricadés derrière des bennes à ordures.

- 'objectif de santé publique' -

Selon le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, l'évacuation de centaines de migrants "n'est pas une opération d'ordre public, mais une opération sanitaire" menée "dans un cadre humain".

"Lorsque des Erythréens, des Syriens sont sur notre territoire --il y en a à Calais--, dans des conditions sanitaires qui ne sont pas dignes, il faut mettre fin à ces difficultés", proposer "un hébergement" et "l'asile à ceux qui le souhaitent", a dit le ministre interrogé par plusieurs médias, en référence à l'épidémie de gale.

Le représentant de l'Etat français à Calais, le préfet Denis Robin, a lui souligné les "risques" de tels camps pour les migrants, citant les problèmes de sécurité, la hausse des rixes et les risques sanitaires.

La première partie de l'opération s'était déroulée mardi soir, avec la distribution de cachets contre la gale à une centaine de migrants.

Mercredi matin, après l'évacuation du camp, les migrants se sont vu proposer d'être transportés vers un "lieu médical" pour rencontrer un médecin, prendre une douche et changer de vêtements.

Un "hébergement d'urgence" devait également leur être proposé, selon le préfet qui a jugé "curieux" le rôle de "certaines associations en conseillant aux migrants de ne pas aller se faire traiter".

Ce déplacement est "sur la base du volontariat", a insisté Denis Robin, promettant "pas de contrôle, pas d'interpellation, pas de placement au centre de rétention administrative".

Mardi, plusieurs associations avaient écrit au ministre de l'Intérieur pour l'alerter contre les risques de l'opération d'évacuation: "prise en charge médicale inappropriée, errance des personnes dans la ville de Calais, contrôles policiers quotidiens, violences, désespoir et prise de risques croissante pour tenter un passage vers le Royaume-Uni qui, depuis le début de l'année, ont déjà causé la mort de plusieurs exilés...".

"Notre mission c'est d'être témoin de ce qui se passe, de leur dire qu'on n'est pas d'accord, de les soutenir, et puis d'essayer de porter leur parole", déclarait mercredi matin Vincent Deconinck du Secours catholique, jugeant "indigne" la concomitance du traitement et de l'évacuation.

"Maintenant qu'est-ce que les gens vont faire? Aller dans la rue, errer? Ca fait 10 ans que la situation est comme ça, c'est pas en leur pourrissant la vie qu'ils disparaissent", a-t-il ajouté.

Depuis le début de l'année, les autorités du port de Calais ont intercepté quelque 3.000 clandestins, contre 300 à la même période en 2013. Passés par l'Italie, la Grèce, la Bulgarie ou l'Espagne, les principales portes d'entrée dans l'Union européenne, la plupart ne souhaitent pas rester en France, préférant gagner l'Angleterre perçue comme un "Eldorado".

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