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Espagne: Podemos, révélation des Européennes, face à la "caste des politiques"

28/05/2014 08:44 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

Issu du mouvement des indignés, le nouveau parti de gauche radicale Podemos et son télégénique chef Pablo Iglesias, grande surprise des élections européennes en Espagne, va devoir faire ses preuves face "à la caste des politiques" qu'il dénonce.

Née il y a à peine quatre mois, cette formation, créée par des professeurs de la prestigieuse université madrilène de la Complutense, est parvenue à se hisser à la quatrième place des élections, captant 1,24 million de votes et cinq sièges sur les 54 que compte l'Espagne au Parlement européen.

Un succès dû en grande partie à la stratégie et au charisme de Pablo Iglesias, professeur de sciences politiques de la Complutense âgé de 35 ans et habitué des "tertulias", ces débats politiques à rallonge qu'affectionnent les médias en Espagne.

"Ce qui se passe, c'est que nous sommes gouvernés par les valets des riches. Et il manque un gouvernement de représentants des citoyens", affirme à l'envi Pablo Iglesias, cheveux longs noués en queue de cheval sur une chemise ouverte.

Pour lui, son parti "est né pour devenir une alternative" à ce qu'il nomme "la caste des politiques", installée dans le pouvoir et échappant aux conséquences sociales désastreuses de la crise et du chômage.

Le parti s'appuie sur les assemblées de quartier qui ont alimenté le mouvement des Indignés, né en mai 2011 pour dénoncer l'incapacité de la classe politique à sortir de la crise économique.

Ce qu'il faut, selon lui, c'est "défendre les gens face aux pouvoirs financiers et à la corruption".

Un discours jugé démagogue par ses opposants mais justifié selon lui par les quelque six millions de chômeurs (près de 26%) en Espagne, les expulsions par les banques de propriétaires surendettés ne pouvant rembourser leur crédit, les dizaines de milliers de jeunes "exilés économiques" partis pour l'étranger.

- 1.930 euros par mois -

Pour donner l'exemple, il proposera comme première mesure au Parlement européen la réduction des salaires des parlementaires à 1.930 euros, contre environ 8.000 actuellement.

Il veut aussi un salaire maximum, les 35 heures de travail hebdomadaires, la retraite à 60 ans, un contrôle parlementaire de la Banque centrale européenne et une réorientation du système financier pour "mettre les banques au service des citoyens".

Ce discours n'est pas nouveau mais d'autres partis dénonçant la corruption n'ont pas réussi la percée de Podemos, comme le "parti X", mené par le Français Hervé Falciani, pourtant célèbre pour avoir contribué à mettre au jour en 2008 un vaste scandale mondial d'évadés fiscaux.

Pourquoi ? Parce que ce que Pablo Iglesias "a réussi à faire, c'est récupérer le mouvement de protestation des indignés", explique à l'AFP Ignacio Molina, expert européen de l'Institut royal Elcano.

Sa percée électorale a d'ailleurs "moins étonné hors d'Espagne car ce qui étonnait à l'étranger, c'était que le mouvement des Indignés eût disparu", relève-t-il.

De plus, Pablo Iglesias, issu d'une famille qui a lutté contre la dictature franquiste, "est une personne brillante. Il a un discours populiste, facile, de bon sens, efficace", ajoute l'expert.

"C'est un candidat éduqué qui ne s'énerve pas face aux attaques exaltées", admet aussi le journal El Mundo, de centre-droit, qui évoque un financement de Podemos par le Venezuela, démenti par Pablo Iglesias.

A Pedro Arriola, conseiller du chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy qui a dit de Podemos que "tous les nazes du monde finissent par planer au-dessus de Madrid", Pablo Iglesias a répondu: "C'est un homme intelligent, capable de mieux".

Reste qu'il "soulève aussi un rejet pour sa façon de personnaliser le pouvoir", relève Ignacio Molina.

Et avec le système actuel espagnol, il n'obtiendrait "pas plus de quatre députés" sur les 350 du Congrès, la chambre basse du Parlement.

Pour lui, si Podemos "parvient à capter les voix (du parti de gauche) Izquierda Unida et certains électeurs du Parti socialiste, il pourrait suivre les pas de Syriza", le parti de gauche radicale grec qui s'est imposé aux dernières élections européennes et a remporté la région d'Athènes. Un scénario qu'il juge toutefois peu probable.

ib/sg/plh

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