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Energie: l'UE est mal armée en cas de crise avec Moscou

28/05/2014 06:55 EDT | Actualisé 28/07/2014 05:12 EDT

L'UE peut faire face temporairement à un arrêt des fournitures de gaz russe transitant par l'Ukraine, mais à prix fort, et elle doit investir dans des infrastructures pour le gaz liquéfié si elle veut réduire sa dépendance vis à vis de Moscou, a annoncé mercredi la Commission européenne.

Le contentieux sur la dette de 4 milliards de dollars (2,9 milliards d'euros) due par l'Ukraine à Gazprom n'est toujours pas réglé et le groupe russe menace de cesser ses livraisons le 3 juin, a expliqué le commissaire à l'Energie Gunther Oettinger.

"Nous risquons de nous trouver dans une situation qui verrait les Russes ne plus livrer de gaz à l'Ukraine, mais livrer le gaz acheté par l'UE. Dans ce cas, les quantités achetées par la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie vont-elles arriver?", s'est-il interrogé. L'UE a déjà vécu ce problème en 2006 et 2009.

L'Union européenne "reste très vulnérable", car elle importe depuis dix ans 53% de sa consommation en énergie, ce qui lui coûte 1 milliard de dollars par jour (734,8 millions d'euros) et "le principal fournisseur est la Russie pour 39% de ses achats de gaz et 33% de ses achats de pétrole", a souligné le président de l'exécutif bruxellois, José Manuel Barroso.

Chargée en mars par les dirigeants européens de travailler sur les options pour réduire cette dépendance, la Commission européenne a livré mercredi deux énormes documents: une étude sur la sécurité énergétique et un plan d'actions.

Ces options vont du développement des renouvelables à l'exploitation du charbon, du nucléaire et du gaz de schiste.

Elles constituent "un très bon paquet", avait commenté M. Barroso lors d'une conférence sur l'énergie le 21 mai à Bruxelles. Il va les mettre sur la table lors du sommet européen organisé à Bruxelles les 26 et 27 juin.

Mais en cas de crise dès cet hiver, si Gazprom devait couper les fournitures de gaz à l'Ukraine, l'Union européenne pourrait se trouver en difficulté, reconnaît-t-on de source européenne.

L'UE a importé 480 milliards de m3 pour sa consommation en 2013. Gazprom a fourni 133 milliards de m3, dont 63 milliards de m3 ont transité par l'Ukraine.

Si le transit est interrompu, l'UE peut se tourner vers ses autres fournisseurs et puiser dans ses réserves. Les Etats membres ont actuellement 47,3 milliards de m3 dans leurs citernes, soit 58,6% de leurs capacités de stockage.

Mais ils devront faire montre de solidarité avec les partenaires les plus affectés par la rupture des approvisionnement. Les réserves ne permettront en outre pas de tenir sur une longue période, à moins d'imposer une réduction de la consommation interne dans les pays les plus dépendants.

Les Européens peuvent également se tourner vers leurs autres fournisseurs traditionnels, notamment la Norvège, mais ce pays est actuellement "à la limite de ses capacités et ne pourrait fournir un surplus de 130 millions de m3 par jour que pendant quelques jours", a indiqué une source européenne. A plus long terme, la Norvège, qui vend 99 milliards de m3 à l'UE, serait en mesure de porter ses livraisons a 109 milliards de m3.

Augmenter les achats de gaz naturel liquéfié est aussi une alternative, mais les prix sont plus élevés que ceux du gaz russe, a-t-on expliqué.

Les Etats peuvent enfin se tourner vers Gazprom, qui peut augmenter les quantités transitant par Nord Stream, le gazoduc qui arrive directement en Allemagne. Mais cette solution renforce la dépendance vis à vis de Moscou et fait le jeu du président russe Vladimir Poutine, qui a appelé les Européens à soutenir la construction de gazoducs contournant l'Ukraine, notamment le projet South Stream, actuellement bloqué.

Gazprom observe avec attention les projets européens, mais ne manifeste aucune crainte.

Dans une lettre d'information, le groupe rappelle que ses deux principaux clients, l'Allemagne (43% des achats) et l'Italie (35%) demeurent extrêmement dépendants, car "les alternatives pour les fournitures sont très difficiles à trouver" et que "l'option gaz naturel liquéfié reste très onéreuse".

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