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Réunion de la "dernière chance" pour éviter la famine au Soudan du Sud

20/05/2014 07:35 EDT | Actualisé 20/07/2014 05:12 EDT

Les donateurs internationaux se sont rassemblés mardi à Oslo pour une réunion de la "dernière chance" visant à éviter la famine qui menace des millions de personnes au Soudan du Sud ravagé par la guerre.

"Des signes de crise alimentaire majeure sont déjà là", a prévenu la responsable des opérations humanitaires de l'ONU, Valerie Amos. "Les stocks de nourriture sont déjà épuisés dans les zones isolées par le conflit et les prix (des aliments) se sont envolés".

Selon les Nations unies, 4 millions de personnes, soit un tiers de la population, sont menacées par la faim dans le jeune État africain, théâtre de combats entre gouvernement et rebelles depuis le 15 décembre.

Les besoins d'aide humanitaire pour le Soudan du Sud sont estimés à 1,8 milliard de dollars pour l'année en cours.

Avant la conférence d'Oslo, présentée par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) comme la "dernière chance pour éviter la famine", seuls 536 millions de dollars avaient été réunis, soit un trou de 1,26 milliard.

Mardi, les États-Unis ont promis 291 millions de dollars, la Grande-Bretagne 100 millions et l'Union européenne 55 millions d'euros. La Norvège, pays-hôte, s'est aussi engagée à verser 63 millions de dollars.

"Nous avons un devoir moral d'empêcher une famine", a affirmé le chef de la diplomatie norvégienne, Boerge Brende.

La situation est d'autant plus délicate que la saison des pluies rend impraticables les rares routes du pays, voire certaines pistes d'atterrissage, compliquant et renchérissant l'acheminement de l'aide dans de vastes régions.

"Il y a de nombreuses régions du Soudan du Sud qui sont inaccessibles par la route. C'est à cause du manque d'infrastructures, de la saison des pluies, mais aussi parce qu'il est parfois difficile de franchir les lignes de front", a déclaré à l'AFP la sous-directrice générale du Programme alimentaire mondial (PAM), Elisabeth Rasmusson.

"L'aide est extrêmement urgente parce que 3,7 millions de personnes font face à une crise alimentaire aujourd'hui. On sait que, selon les projections, cela grimpera à 4 millions de personnes d'ici à août. Il faut qu'on ait accès à ces populations, sinon des personnes vont mourir de faim", a-t-elle dit.

Le choléra a également fait son apparition ces dernières semaines. Déjà neuf personnes en sont mortes, sur 138 cas, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

- 50.000 enfants menacés -

Selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), 50.000 enfants risquent de mourir de faim au Soudan du Sud d'ici la fin de l'année. "Un grand nombre sont déjà condamnés à manger de la nourriture trouvée dans la nature comme des bulbes de plante et des herbes", a indiqué l'organisation.

Indépendant depuis 2011 après une guerre longue et meurtrière entre Khartoum et la rébellion désormais au pouvoir à Juba, le Soudan du Sud a replongé dans un nouveau conflit, né de la rivalité politique entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président, Riek Machar, limogé en juillet 2013.

Le conflit est aggravé par de vieilles rancunes entre les deux principaux peuples du pays, Dinka et Nuer, auxquels MM. Kiir et Machar appartiennent respectivement.

Malgré un accord signé le 9 mai, les combats se poursuivent et s'accompagnent de massacres et d'atrocités contre les civils sur des bases ethniques: des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes, sont mortes et plus de 1,3 million de Sud-Soudanais ont fui leurs habitations.

Plus de 325.000 d'entre eux ont franchi la frontière pour se réfugier dans les pays voisins, en Ethiopie, au Kenya, au Soudan et en Ouganda, "des pays qui sont déjà vulnérables pour diverses raisons", a noté Mme Amos.

"Nous avons besoin de plus que de l'argent, nous avons besoin d'une volonté politique", a-t-elle aussi souligné.

Comme elle, de nombreux participants ont appelé les belligérants à respecter l'accord de cessation des hostilités, épargner les populations civiles ou encore faciliter les mouvements des organisations humanitaires.

Les pourparlers d'Addis Abeba destinés à trouver une issue politique au conflit ont toutefois été à nouveau suspendus lundi, pour 12 jours.

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