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Le «NoShow» en ouverture du FTA: combien êtes-vous prêt à payer pour du théâtre?

20/05/2014 02:23 EDT | Actualisé 20/05/2014 02:24 EDT
David Ospina

Spectacle d’ouverture du 8e Festival TransAmériques de Montréal, le NoShow offre aux spectateurs, qui achèteront leur billet sur place, de payer 130$, 80$, 50$, 31$, 17$ ou rien du tout. La transaction sera confidentielle – la personne à la caisse ne verra pas votre visage – et votre choix n’aura aucune incidence sur votre place. Avec cet exercice, l’auteur et metteur en scène Alexandre Fecteau veut savoir ce que vaut le théâtre à vos yeux, d’un point de vue financier.

Fecteau est celui à qui l’on doit Changing Room, l’exubérant théâtre documentaire sur les drag-queens, qui avait séduit le public de l’Espace Libre en 2012 avec son caractère percutant, bitch, brillant et franchement rythmé.

Interrogé sur la possibilité que les spectateurs du NoShow choisissent de ne rien donner pour leur billet, le créateur de Québec se dit persuadé que les amateurs du FTA respectent trop le théâtre pour choisir cette option. Il tentera d’ailleurs de démontrer quel est le rôle du public dans l’expérience théâtrale.

«La pièce pose des questions sur l’argent au théâtre, la valeur de l’art, les subventions, la reconnaissance, l’acharnement, la désillusion, le contexte de production et les conditions de vie des artistes. Ultimement, c’est une déclaration d’amour aux spectateurs et une affirmation d’interdépendance entre eux et les créateurs.»

Au cours des dernières années, les Québécois ont pourtant démontré un inconfort évident à discuter des considérations financières du milieu artistique. «Il y a quelque chose de sacré en art qui cohabite mal avec les questions d’argent, c’est vrai. Par exemple, quand on demande ce que vaut une œuvre et qui doit la payer, les gens sont ambivalents. Et lorsque des artistes aspirent à un certain niveau de confort, en rapport à leurs compétences et leur reconnaissance, ça dérange encore plus. Plusieurs personnes préfèrent l’image romantique de l’artiste qui travaille par vocation en acceptant d’être peu rémunéré.»

Un sujet chaud

Quelques semaines après que le chorégraphe Dave St-Pierre ait décidé de ne plus présenter ses spectacles à Montréal tant qu’il n’aura pas les moyens de le faire décemment, sans concession pour son processus créatif, Alexandre Fecteau abonde dans le même sens.

«On devait présenter le NoShow à l’Espace Libre l’année dernière, mais quand on a réalisé qu’il n’y avait pas assez d’argent, on a refusé d’y aller et de se payer avec ce qui reste. On trouvait ça plus courageux d’annuler les spectacles et d’essayer de mettre fin au cycle d’auto-exploitation des artistes par eux-mêmes.»

Ironie du sort, le NoShow a été obligé de changer de forme en raison de la situation qu’il questionne et dénonce. «On s’enlignait vers un making-of de spectacle, mais on a dû se tourner vers une forme à mi-chemin entre la conférence et le théâtre. Comme on voulait être capable de se payer, on a décidé de se passer de décors, de costumes et d’effets technologiques complexes.»

«Au final, on a écrit et monté la pièce en seulement un mois. On avait calculé qu’on pouvait se payer 90 heures, alors on a fait avec ce temps-là. Normalement, un show déjà écrit se monte en 120 heures. Heureusement, on était habité par trois ans de recherches.»

Et que répond Alexandre Fecteau à ceux qui voient le théâtre comme un endroit fait pour imaginer grand avec peu? «Je refuse que le théâtre québécois se limite à ça. C’est vrai que la situation a ouvert des portes dans notre inspiration. On est des créatifs, donc la contrainte finit par être inspirante. Mais on avait aussi d’excellentes idées pour un spectacle produit dans un certain confort. Il y a de très belles choses au théâtre qui se font seulement avec beaucoup de moyens.»

Le NoShow ouvrira le FTA avec une représentation chez Duceppe le 22 mai prochain, avant de poursuivre son aventure à la Cinquième Salle de la Place-des-Arts du 3 au 5 juin 2014. Plus de détails en cliquant ici.

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