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Le double atout de Bergoglio: un pape bien vu par juifs et musulmans

20/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Proche des juifs en Argentine, le pape François a réussi aussi à réchauffer les relations avec les musulmans, qui ont bien accueilli son élection, après des relations plus tendues avec Benoît XVI.

"C'est avec François le dialogue de l'amitié, après le dialogue pour la paix de Jean Paul II et le dialogue de la charité dans la vérité de Benoît XVI", a synthétisé le cardinal français Jean-Louis Tauran, qui célébrait lundi les 50 ans du Conseil pour le dialogue interreligieux qu'il dirige.

A l'exception des ultra-orthodoxes juifs et des islamistes radicaux, juifs et musulmans attendent à Amman, Bethléem et Jérusalem le pape argentin avec un préjugé très favorable. Dans un symbole fort, il se fait accompagner d'un rabbin, Abraham Skorka, et d'un professeur musulman, Omar Abboud, vieux amis de Buenos Aires.

Son amitié pour le peuple juif n'est plus à démontrer. Son livre "Sur la terre comme au ciel" avec le rabbin Skorka en témoigne, tout comme ses messages chaleureux à différentes communautés juives.

Même si Jean Paul II et Benoît XVI se sont montrés profondément attachés à la réconciliation avec les juifs, Jorge Bergoglio a sur eux l'avantage de n'être ni polonais ni allemand, donc aucunement lié à la mémoire douloureuse de la Shoah.

Jorge Bergoglio a évité d'évoquer, comme l'avait fait Benoît XVI, des sujets aussi délicats que la cause d'une éventuelle béatification du pape Pie XII, accusé de ne pas avoir élevé la voix pour défendre les juifs d'Europe. Le Parlement israélien vient d'ailleurs de rendre hommage à Jean XXIII, pape italien canonisé et préféré de François, pour son rôle passé pour les juifs quand il était nonce en Turquie.

François aura à évoquer à Bethléem des sujets qui fâchent. Les dirigeants israéliens se demandent s'il utilisera l'expression "Etat de Palestine" (que le Saint-Siège a reconnu en 2012) et en quels termes il parlera de la barrière de séparation, des colonies, ou des réfugiés palestiniens.

Sa venue directement en hélicoptère d'Amman dans la ville de naissance de Jésus, sans passer par Israël, est revendiquée par les Palestiniens comme un succès.

Mais, pour Israël, un geste positif de François sera, en plus des étapes au Mur des lamentations et au Mémorial de Yad Vashem --que Jean Paul II et Benoît XVI avaient honorés-- un arrêt inédit sur la tombe de Theodor Herzl, fondateur du sionisme.

"Ce dépôt de gerbe a une très grande signification", a souligné Oded Ben Hur, ancien ambassadeur d'Israël au Vatican, rappelant qu'en 1904 Herzl avait sollicité en vain "le soutien du pape Pie X au retour des Juifs à Sion".

A contrario, un militant palestinien, Omar Barghouti, a déploré l'hommage au "fondateur du sionisme, une idéologie raciste qui a servi à permettre et justifier le nettoyage ethnique de la plupart de la population autochtone de Palestine, appelant le pape à "ne pas ternir sa visite par de tels gestes".

- Avec les musulmans, le dégel -

Les musulmans ont envoyé pour leur part des signes clairs qu'avec François, la période de froid du pontificat de Benoît XVI était passée.

Après la polémique de Ratisbonne, quand en 2006, le pape allemand avait semblé assimiler islam et violence dans une conférence, les musulmans s'étaient insurgés. Le dialogue avait été ensuite péniblement rétabli.

Mais une des principales autorités musulmanes, l'Université Al-Azhar du Caire, l'avait rompu début 2011, après que Benoît XVI eut exprimé sa solidarité aux victimes chrétiennes d'un attentat à Alexandrie (Egypte).

Après l'élection de 2013 et un texte signé de la main de François pour la fin du Ramadan, Al-Azhar a donné le signal du dégel. L'université a reçu le bras droit du cardinal Tauran, Mgr Angel Ayuso Guixot, et a envoyé en mars un représentant au Vatican pour une initiative interreligieuse contre l'esclavage moderne.

François n'a cependant pas hésité à "implorer humblement" les pays musulmans d'assurer la liberté religieuse aux chrétiens, "prenant en compte la liberté dont les croyants de l'islam jouissent dans les pays occidentaux".

Comme en réponse, le roi de Bahreïn, Hamed ben Issa al-Khalifa, a offert lundi au pape la maquette d'une future immense église pour les catholiques d'Arabie septentrionale...

Le pape multiplie des déclarations chaleureuses, invitant à éviter "d'odieuses généralisations", "parce que le véritable islam s'oppose à toute violence", et affirme que christianisme et islam "doivent éviter la culture injustifiée ou diffamatoire de l'autre".

Inquiet de la menace de l'islamisme radical, le pape renvoie les fondamentalismes chrétiens, juifs, musulmans dos à dos, pour encourager les modérés à se rejoindre.

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