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D'Hollywood au Mali, les films de Cannes explorent le pouvoir de l'argent

20/05/2014 02:04 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Une mère américaine qui achète un ami à son fils, un père incestueux israélien qui tient sa fille sous sa coupe, un riche propriétaire turc qui manipule son entourage, un pauvre Malien qui ne peut racheter son pardon: à mi-course de la compétition, Cannes dénonce le pouvoir de l'argent.

Le ton est donné dès le film d'ouverture, "Grace de Monaco", une histoire d'impôts plus qu'un roman d'amour réalisée par Olivier Dahan. Nicole Kidman tente d'y sauver une Principauté dont les caisses sont vides face à un général de Gaulle qui menace de "faire retourner Monaco au Moyen Age" si le Rocher continue sa politique d'exonération de taxes.

Dans "Timbuktu", du Mauritanien Abderrahmane Sissako, la pauvreté peut mener à la mort. Dans un Mali dominé par les jihadistes, un éleveur doit répondre du meurtre d'un pêcheur. Selon la charia, seul l'acquittement d'une lourde somme à la famille de la victime peut le sauver de l'exécution. Le juge réclame 40 vaches. Kidane n'en a que huit.

On est loin de l'atmosphère dissolue des années 70 en France du "Saint Laurent" de Bertrand Bonello, quand le couturier et Pierre Bergé se promenaient les poches remplies de billets de 500 francs et achetaient les oeuvres d'art comme d'autres des bonbons. "Tu ne vis pas dans la réalité, tu n'es jamais allé au supermarché", dit à Yves Saint-Laurent sa mère (Dominique Sanda).

Dans Winter Sleep (Sommeil d'hiver), du Turc Nuri Bilge Ceylan, l'hôtelier Aydin règne en maître sur son village de Capadocce grâce à sa fortune.

Sa femme, sans revenu, est contrainte de rester au foyer. "Je vis à tes crochets au prix de ma liberté", lui lance-t-elle. Elle essaiera d'aider un locataire sans argent que son mari veut expulser. Mais quand elle lui apporte secrètement une grosse liasse de billets, l'homme la jette dans le feu, préférant sa fierté à la sécurité financière.

A Tel Aviv, dans "Loin de mon père", c'est un père incestueux qui maintient sa fille dans une complète dépendance, y compris financière. Tami passe ses journées à l'attendre à la maison et lorsqu'elle rassemblera le courage de partir, elle devra tout laisser derrière elle.

"Foxcatcher", de l'Américain Bennett Miller, s'attaque à l'un des temples du capitalisme des années 80, l'immense fortune de la famille Du Pont, propriétaire du premier groupe chimique au monde. Et au pouvoir qui s'y attache.

- Bling Bling d'Hollywood ou chronique sociale -

John Du Pont, milliardaire excentrique interprété par Steve Carell, a vécu une enfance solitaire. "Je n'avais qu'un seul ami, et j'ai découvert à 16 ans que ma mère le payait", dit-il.

Il en gardera l'habitude: lorsqu'il gagne des compétitions amateur de lutte, c'est parce que son adversaire a été discrètement rémunéré.

Mégalomane, il s'offre tout ce que l'argent peut lui donner, y compris un char d'assaut ou une équipe olympique de lutteurs à entraîner. Il ne lui en coûte que 500.000 dollars de subvention annuelle à la fédération.

Et tant pis si ses caprices finissent par détruire la vie des autres moins fortunés.

Et que dire de "Welcome to New York" où Gérard Depardieu, le double de DSK, s'offre toute la luxure que les dollars peuvent offrir, avant la chute? Où l'argent de sa femme lui assure aussi la meilleure défense.

Dans "Maps to the stars", le Canadien David Cronenberg s'attaque à la capitale du show business, Hollywood, où des enfants stars parlent en millions de dollars, et où les valeurs morales n'ont plus cours.

Le film "aurait pu être tourné dans la Silicon Valley, à Wall Street, partout où les gens sont très ambitieux, cupides, ont peur de plein de choses", explique le réalisateur.

Mardi, c'est dans un tout autre registre, celui de la chronique sociale, que les frères Dardenne exposent le rôle de l'argent dans nos sociétés. Dans "deux jours, une nuit", Marion Cotillard, une ouvrière menacée de licenciement, tente de convaincre ses collègues de renoncer à une prime de 1.000 euros pour sauver son emploi.

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