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Deux attentats à l'explosif auraient fait près de 120 morts au Nigeria

20/05/2014 12:50 EDT | Actualisé 20/07/2014 05:12 EDT

JOS, Nigeria - Deux voitures ont explosé mardi près d'une gare d'autocars et d'un marché fréquenté par des milliers de personnes à Jos, dans le centre du Nigeria, faisant au moins 118 morts et des dizaines de blessés, selon un responsable.

Personne n'a immédiatement revendiqué la responsabilité de l'attentat, qui porte toutefois les traits du groupe islamiste extrémiste Boko Haram, qui sème la terreur au Nigeria depuis quelques mois.

La seconde explosion est survenue une demi-heure après la première, tuant quelques secouristes dépêchés sur les lieux baignant encore dans une épaisse fumée noire.

Des photos montrent le corps d'une femme, ses jambes arrachées par l'explosion, sur le bord d'un brasier qui consume d'autres corps. Une main sort des flammes.

La ville de Jos se trouve dans l'État du Plateau, qui divise le pays entre le sud chrétien et le nord musulman. La tension est vive entre ces deux groupes religieux dans la ville, un point chaud pour les violences religieuses.

Le réseau terroriste Boko Haram — qui a kidnappé et menace de vendre quelque 300 écolières — a perpétré plusieurs attentats à l'explosif au cours des dernières semaines, dont deux explosions, en avril, qui ont fait 120 morts et quelque 200 blessés dans la capitale, Abuja. Lundi, un attentat à la voiture piégée a fait 25 morts à Kano, dans le nord du pays. Une autre voiture contenant des explosifs y a été retrouvée et neutralisée par la police.

Selon Mark Lipdo de l'organisme caritatif chrétien Stefanos, une des explosions de mardi aurait pu être évitée si les autorités avaient agi à temps. Il a raconté qu'un camion blanc qui contenait la première bombe était stationné au marché depuis des heures, mettant la puce à l'oreille des vendeurs et d'autres qui ont prévenu les autorités.

Il a aussi affirmé que les autorités avaient aussi reçu un autre important indice, samedi, lorsqu'un homme transportant des explosifs attachés sur le corps a été arrêté. L'homme aurait dit à la police que plusieurs militants avaient reçu l'ordre de placer des bombes autour des églises et des lieux publics à Jos.

Le président Goodluck Jonathan a exprimé ses condoléances par voie de communiqué aux familles des victimes. Il a assuré «tous les Nigérians que le gouvernement se consacre pleinement à vaincre le terrorisme, et que cette administration ne se laissera pas intimider par les atrocités commises par les ennemis du progrès humain et de la civilisation».

L'enlèvement de quelque 300 écolières dans le nord du Nigeria, à la mi-avril, a attisé le mécontentement de la population nationale et internationale face au gouvernement et à l'armée, qui n'ont pas réussi à contenir la montée islamiste amorcée il y a cinq ans. Incapable de retrouver les disparues, le gouvernement a été forcé d'accepter l'aide de plusieurs pays, dont l'Angleterre, les États-Unis et le Canada.

Selon des diplomates, le Nigeria a demandé mardi à un comité du Conseil de sécurité de l'ONU qui surveille les sanctions imposées contre Al-Qaïda d'ajouter Boko Haram à sa liste, et de lui imposer un embargo sur les armes et un gel de ses actifs.

Également mardi, le Sénat nigérian a voté pour prolonger de six mois l'état d'urgence, déclaré il y a un an dans trois États, à condition que le président Jonathan consacre plus d'argent à la campagne militaire et à l'armement des soldats, découragés que Boko Haram soit mieux équipé qu'eux.

Boko Haram veut instaurer un régime islamiste au Nigeria, dont la moitié de la population est chrétienne. Cette année, le nombre et la gravité des attentats du groupe ont augmenté. Plus de 300 personnes ont été tuées au cours des dernières semaines dans diverses attaques sur des villes et des villages. Les extrémistes sont aussi accusés de l'attaque d'un camp chinois au Cameroun, le pays voisin, survenue la semaine dernière. Un soldat camerounais et 10 travailleurs chinois ont été enlevés.

Plus de 2000 personnes ont été tuées par le soulèvement depuis le début de cette année seulement. En comparaison, 3600 personnes étaient mortes entre 2010 et 2013.

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