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Niger: un juriste écroué pour avoir commenté une décision de justice

19/05/2014 02:53 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Un juriste nigérien arrêté dimanche a été écroué lundi pour avoir commenté un arrêt de la Cour constitutionnelle, qui accusait le président du Parlement, passé à l'opposition, d'avoir "violé la Constitution", selon ses collègues et un collectif d'ONG.

"Boubacar Hassane a été présenté (lundi) en milieu d'après-midi au parquet et s'est vu décerner un mandat de dépôt puis écrouer à la prison civile de Niamey", a déclaré à l'AFP Naomi Stansly, membre du Collectif "Sauvons le Niger", crée le 12 mai par une cinquantaine d'ONG locales.

M. Hassane avait été convoqué dimanche par la police judiciaire, interrogé pendant une heure et demi puis placé en gardé à vue, avait expliqué lundi Maïna Karté, membre de l'Association des constitutionnalistes du Niger (ACN), dont M. Hassane est le président.

Les commentaires de Boubacar Hassane, figure de la société civile, portaient sur un arrêt rendu vendredi par la Cour constitutionnelle, saisie par les députés du camp présidentiel.

Dans sa décision, la Cour avait accusé le président du Parlement Hama Amadou, ex-allié du régime passé en août 2013 dans l'opposition, d'être responsable du "blocage" de travaux au Parlement et d'avoir par conséquent "violé la Constitution".

M. Hassane aurait déclaré que la Cour a "outrepassé ses attributions constitutionnelles", a rapporté samedi le procureur de la République Boubacar Ibrahim, pour qui le juriste est allé "trop loin dans ses commentaires".

Discréditer l'institution judiciaire est un délit passible de un à six mois de prison, a-t-il précisé.

"Nous pensons que le pouvoir ne veut pas tout simplement de la contradiction. Nous n'allons pas nous laisser museler", a averti Maïna Karté, pour qui Boubacar Hassane "a fait un commentaire technique, comme l'autorise la loi".

Dans un communiqué publié lundi après-midi, le Collectif "Sauvons le Niger", où milite M. Hassane, "dénonce et fustige l'arrestation abusive" de M. Hassane et "exige sa libération immédiate et sans condition".

Le juriste est "privé de sa liberté pour avoir simplement relevé des incohérences" de la Cour constitutionnelle, observe ce collectif, qui dénonce la mise en place d'une "machine d'intimidation pour imposer un silence absolu à tous".

Le Parlement est bloqué depuis le 17 avril du fait du refus des élus proches du régime, majoritaires à l'Assemblée, d'élire deux opposants à des postes de vice-présidents du Parlement.

A deux ans de la présidentielle de 2016, le climat politique est très tendu entre le régime du président Mahamadou Issoufou et son opposition.

Une dizaine de personnes, pour la plupart journalistes, militants ou opposants, avaient été arrêtées puis relâchées en début d'année pour des délits d'opinion.

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