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Mondial-2014 - Brésil: Scolari, le sergent-chef de famille

19/05/2014 05:48 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Meneur d'homme, imperméable aux pressions, le sélectionneur Luiz Felipe Scolari, qui a l'immense responsabilité de diriger le Brésil lors de son Mondial, donne souvent l'image d'un sergent-chef au caractère bien trempé mais qui, en fin psychologue, sait conquérir un vestiaire.

Avec sa gueule de Gene Hackman (qui a déjà joué des rôles d'entraîneurs...) "Felipao" (le grand Philippe), 65 ans, ne s'en laisse jamais conter. Avant le Mondial-2002, il avait résisté au courant populaire en faveur de Romario et quelques mois plus tard, le Brésil et Scolari revenaient du Japon avec le 5e titre mondial brésilien, acclamés par des millions de supporteurs.

Il rejette ainsi les accusations de fraudes fiscales qui lui valent en ce moment des démêlés judiciaires au Portugal.

S'il n'est pas forcément très à l'aise avec la presse, il sait mener sa barque. Il a ainsi su composer avec la toute-puissante télévision Globo là où Dunga, un de ces prédécesseurs, était en conflit ouvert et pouvait faire des grimaces hors antenne. Conséquence, il a su mettre l'opinion dans sa poche.

- Une 'nullité comme joueur' -

Sa nomination en novembre 2012 à la tête de la Seleçao en remplacement de Mano Menezes a fait l'unanimité, de Pelé à Ronaldo en passant par... Romario!

Il a aussi su trouver les mots justes pour naviguer entre les problèmes sociaux et ne pas hypothéquer le soutien à la Seleçao. Aujourd'hui, la grande majorité des Brésiliens pense qu'il est l'homme de la situation.

S'il est moins respecté en Europe où son unique expérience en club à Chelsea s'est soldée par un cuisant échec, Scolari a, il est vrai, un palmarès aussi épais qu'un dictionnaire.

Il a dirigé plus de vingt clubs ou équipes nationales pendant sa carrière et a remporté des dizaines de titres, notamment deux fois le Graal sud-américain (la Copa Libertadores) avec des clubs différents, Gremio en 1995 et Palmeiras en 1999.

Pourtant, c'était un footballeur sans réelles qualités autres que morales: "C'était une nullité comme joueur, mais il se dépassait grâce à sa détermination. Il mouillait le maillot. Il n'avait pas peur et assumait le rôle de leader pour tirer l'équipe vers le haut. Il n'a jamais aimé perdre", se souvient un de ses coéquipiers cité dans le livre "Felipao: l'âme du Penta" de Ruy Carlos Ostermann (2002).

- Fini le spectacle, place aux résultats -

Le défenseur aux pieds carré est devenu un entraîneur aux idées claires, grimpant rapidement les échelons pour atteindre le plus haut niveau.

A l'image d'une nouvelle génération de techniciens, il enterre le football spectacle cher au Brésil pour préférer les résultats avec des défenses rigoureuses. Mais, même si cet aspect lui est souvent reproché, le sélectionneur sait laisser s'exprimer les talents comme Rivaldo et Ronaldo en 2002 ou Cristiano Ronaldo en 2006 avec le Portugal. Il détient d'ailleurs le record de victoires consécutives en Coupe du monde pour un entraîneur, 7 en 2002 avec le Brésil puis 4 avec le Portugal en 2006.

Le Brésil espère maintenant que le coach saura faire exploser le talent de Neymar, qui n'a pas complètement percé en Europe avec le FC Barcelone.

Mais Scolari, qui lisait "L'art de la Guerre" de Sun Tzu lors du Mondial-2002, sait aussi réussir des coups tactiques: il a éteint par exemple le jeu de l'invincible Espagne à la Coupe des Confédérations l'été dernier avec des lignes à géométrie variable.

"Indifférent au Football-art, Scolari incarne le pater familias qui exige (beaucoup) et protège ses joueurs au nom de la victoire à tout prix", écrit le journaliste brésilien Daniel Galera dans la revue Piaui, qui raconte notamment comment en 2002, avec psychologie, il a su mettre en confiance un Rivaldo que beaucoup considéraient comme un autiste.

Le Brésil appelle désormais la sélection 2014 à retrouver cet "esprit de famille" qui régnait en 2002 pour effacer le "Maracanazo" de 1950, traumatisme national né de la défaite à domicile contre l'Uruguay.

"Nous avons l'obligation de gagner le titre. On n'organise pas la Coupe (du monde) pour être troisième ou quatrième", a résumé Felipao, qui sait qu'il n'a pas le droit à l'erreur sous peine d'être honni dans son pays. Mais, comme dans certains films de guerre de Gene Hackman, le sergent-chef Scolari a accepté la mission, persuadé de sa réussite.

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