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Lucas Sithole, anti-Pistorius et nouveau porte-drapeau de l'Afrique du Sud paralympique

19/05/2014 04:18 EDT | Actualisé 18/07/2014 05:12 EDT

Enfant, Lucas Sithole ne jurait que par le foot et s'imaginait foulant la pelouse avec les professionnels du ballon rond. Mais dans un étonnant revers de fortune, c'est aujourd'hui en tennis en fauteuil qu'il fait rêver l'Afrique du Sud. Sans jambes ni bras droit.

Parfait anonyme aux Jeux paralympiques de Londres 2012 quand seul comptait Oscar Pistorius, l'athlète double amputé courant sur des lames de carbone, Sithole est définitivement sorti de l'ombre à l'US Open de 2013. Il a été le premier Africain à remporter ce titre en individuel.

Les mauvaises langues diront que le "tennis fauteuil quad", dont Sithole est n°2 mondial, est une catégorie sportive faiblarde, un peu fourre-tout, absente de Wimbledon et Roland Garros --pas encore disent ses adeptes--, mais les Sud-Africains n'en ont cure.

Sithole est maintenant bombardé de demandes d'interviews et d'invitations. Il a été récemment distingué d'une médaille du mérite national et est depuis plusieurs mois le visage d'une campagne pour les vingt ans de la démocratie sud-africaine.

Dès qu'il n'est pas à l'entraînement ou en tournoi, les enfants des écoles se l'arrachent pour des "conférences de motivation", à l'image de ce que faisait Pistorius avant le meurtre de sa petite amie début 2013.

"Ce que j'aime le plus", confie Lucas, 28 ans, "c'est de servir d'inspiration à des tas d'enfants handicapés qui pensent que rien n'est possible dans la vie, alors que quand ils voient ce que je fais, ce que je réussis, ça change leur vie".

Inlassablement, il raconte à ses petits compatriotes l'accident qui a fait basculer son existence à l'âge de 12 ans: la voie ferrée qui passait dans le township de son enfance à Dannhauser, dans l'est de l'Afrique du Sud, le train, le conducteur qui lui demande de lui tendre quelque chose, la chute, ses jambes coupées et son bras droit amputé au niveau du coude, puis l'hôpital et la force intérieure de tout recommencer à zéro.

"Dans la vie, il faut se donner des objectifs, savoir qui on veut être, regarder ce qu'on a et l'utiliser, ce n'est pas difficile, tout est dans la tête", dit-il.

Droitier, il ne lui reste que le bras gauche, avec lequel il a dû tout réapprendre, écrire, manger, téléphoner, et dont il se sert à la fois pour pousser son fauteuil, servir ses balles, tenir sa raquette et inspirer à ses adversaires un saint respect pour la puissance de ses coups.

Première raquette à 21 ans

A chaque fois, raconte-t-il à l'AFP lors d'un récent tournoi près de Johannesburg, les enfants lui posent la même question: "Comment tu fais pour servir avec un seul bras?"

"Y a pas de truc", explique sobrement Lucas. "C'est juste un défi, rouler, lancer et frapper."

De Pistorius il ne veut pas dire un mot, alors que le procès de l'athlète meurtrier se prolonge depuis le 3 mars. Une expertise psychiatrique indépendante vient d'être ordonnée.

Difficile cependant de ne pas faire la comparaison entre les deux sportifs.

L'un Blanc, issu d'un milieu relativement aisé et que le succès sportif avait transformé en noceur bling-bling.

L'autre Sud-Africain noir pur jus, fils d'un mineur et d'une femme de ménage, élevé dans un township où il ne serait venu à l'idée de personne de jouer au tennis, un sport de Blancs à l'époque de la ségrégation raciale.

Foncièrement casanier, il s'est fiancé en avril avec une jeune femme au chômage qu'il fréquente depuis des années dans sa région natale.

Si enfant, quelqu'un lui avait dit qu'il deviendrait un champion de tennis? "Je lui aurais répondu qu'il était dingue", dit le jeune homme qui a touché sa première raquette à 21 ans.

"Statistiquement c'est un phénomène", souligne son entraîneur Holger Holsch.

Comme au tennis classique, une partie du succès au tennis en fauteuil se joue sur la vitesse de déplacement sur le court: les joueurs doivent en permanence pivoter sur eux-mêmes, sans perdre la balle des yeux.

La règle autorise deux rebonds de la balle mais les meilleurs du tableau, comme Lucas, n'utilisent en général qu'un rebond pour prendre du temps à l'adversaire.

Installé à Johannesburg pour les besoins de la compétition, Lucas n'a désormais qu'un seul souci: accrocher le titre de n°1 mondial. Avant Noël si tout va bien.

clr/liu/sba

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