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Loi martiale en vigueur en Thaïlande: des Québécois craignent que ça dégénère

19/05/2014 06:57 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Des Québécois observent avec appréhension l'évolution rapide de la crise politique en Thaïlande qui franchit une nouvelle étape alors que l'armée thaïlandaise a décrété la loi martiale, intensifiant du même coup l'instabilité qui règne dans la turbulente nation asiatique.

L'annonce surprise a été faite par l'armée avant l'aube, mardi à Bangkok, alors que ses dirigeants niaient du même souffle qu'un coup d'État était en cours.

La décision survient après six mois de manifestations anti-gouvernementales visant à forcer la démission du gouvernement, et au lendemain du refus de la part du premier ministre par intérim de quitter ses fonctions.

Dans une déclaration, l'armée a précisé qu'elle avait posé ce geste pour «maintenir la paix et l'ordre» et que des soldats s'étaient introduits dans plusieurs stations de télévision privées de la capitale.

L'armée de la Thaïlande a réalisé 11 coups d'État depuis la fin de la monarchie absolue en 1932.

La Montréalaise Kirstin Lamoureux vit à Bangkok depuis trois ans et confie avoir vu l'ambiance se transformer en l'espace de quelques heures. L'armée est maintenant présente un peu partout dans la ville, a-t-elle indiqué à l'occasion d'une entrevue avec La Presse Canadienne.

«C'est la première fois depuis que nous vivons ici que nous voyons l'armée se déployer ainsi. Depuis trois ans, on vit la belle vie et c'est calme. Mais là, on se questionne et on craint que la crise atteigne un autre niveau. Si ça s'aggrave, il est bien possible que je prenne mes trois enfants et les ramène au Québec. Il se peut que leurs vacances d'été commencent plus tôt cette année», a-t-elle raconté.

Elle affirme qu'en aucun temps elle ne veut mettre en danger la vie de ses trois enfants, âgés de 5, 13 et 15 ans. Son mari, Stéphane Lamoureux, travaille dans le domaine financier. Son pays d'adoption paye plus que jamais le prix de l'instabilité politique, dit-il.

«Jamais je n'ai vu l'aéroport aussi vide que ça. Depuis plusieurs mois, il y a moins de touristes, car les gens craignent les violences. La Thaïlande a beaucoup à donner, mais si ça continue les conséquences seront énormes. Nous craignons que ça dégénère avec la loi martiale, comme en 2010», a-t-il souligné, faisant référence aux violentes manifestations qui ont fait des dizaines de morts et des milliers de blessés.

Andrew Clark, un Montréalais d'origine qui travaille dans l'industrie touristique du pays, affirme que la situation est calme à Bangkok, mais que les événements pourraient évoluer rapidement.

«La loi martiale a été adoptée à 3 h du matin avec l'objectif que les gens ne s'en rendent pas compte. C'est un coup d'État judiciaire au ralenti. Mais ça ouvre une boîte de Pandore, car il y aura des gens insatisfaits dans tous les camps. Les gens attendent de vois si l'armée va nommer un nouveau gouvernement non élu ou si elle déclenchera plutôt des élections», a-t-il indiqué.

Un représentant de l'armée, qui a requis l'anonymat en raison de la délicatesse de la situation, a déclaré à l'Associated Press qu'il «ne s'agissait absolument pas d'un coup d'État». Ça n'a pour but que d'offrir de la sécurité à la population, et les gens peuvent mener leur vie normalement».

Une bande défilante du canal 5, une station de télévision de l'armée, a également nié que l'armée avait pris le contrôle du gouvernement et demandait à la population de ne pas paniquer.

La déclaration des autorités militaires a été signée par le général Prayuth Chan-Ocha, chef de l'armée thaïlandaise. Elle citait une loi datant de 1914 qui lui accorde le pouvoir d'intervenir en temps de crise, et précisait que la mesure avait été adoptée parce que les imposants rassemblements entre rivaux politiques «pourraient avoir des répercussions sur la sécurité du pays et sur la sécurité de la vie et des propriétés des citoyens».

Lundi, le premier ministre par intérim a répété que son gouvernement ne démissionnerait pas, résistant aux pressions d'un groupe de sénateurs qui cherchent des moyens à régler la crise politique, et à celles de manifestants anti-gouvernement qui exigent un premier ministre nommé.

Le bras de fer qui prévaut en Thaïlande, deuxième plus importante économie de l'Asie du sud-est, s'est intensifié depuis que l'ancienne première ministre Yingluck Shinawatra a procédé à la dissolution de la chambre basse, en décembre, et depuis qu'elle et neuf ministres eurent été expulsés par un jugement de la cour, plus tôt en mai, pour abus de pouvoir.

Un groupe d'environ 70 sénateurs, la plupart étant perçus comme étant des partisans des manifestants anti-gouvernement, ont soumis une proposition demandant que le gouvernement obtienne les pleins pouvoirs pour mener des réformes politiques.

Le premier ministre par intérim Niwattumrong Boonsongpaisan et le ministre de la Justice Chaikasem Nitisiri ont rencontré deux représentants du Sénat à un endroit non révélé lundi, afin d'éviter de possibles perturbations de la part de manifestants.

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