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Le Mali sur le pied de guerre, envoie des renforts à Kidal

19/05/2014 09:54 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT

Le Mali a dépêché des renforts militaires pour tenter de reprendre le contrôle de Kidal, fief des rebelles touaregs en plein Sahara qui échappe largement au contrôle de l'Etat et où une nouvelle vague de violences a fait une trentaine de morts ce week-end.

La France a dénoncé lundi ces "violences inacceptables", et le président François Hollande a réclamé "la libération immédiate" d'une trentaine de fonctionnaires pris en otage par les combattants touaregs.

Selon des sources militaires maliennes, des renforts ont été envoyés à Kidal (1.500 km au nord-est de Bamako) dès samedi, premier jour des accrochages entre l'armée malienne et rebelles touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) qui ont éclaté à l'occasion d'une visite du Premier ministre malien Moussa Mara.

Certains de ces renforts militaires sont partis de Gao (au sud de Kidal), d'autres d'Anéfis (entre Gao et Kidal) "entre autres" lieux, a expliqué l'une de ces sources, qui n'ont pas précisé le nombre de soldats concernés.

Ils sont déployés alors que Bamako tente de renforcer la présence de l'Etat dans le nord désertique du pays, comprenant les régions de Tombouctou, Gao et Kidal, où le Premier ministre Moussa Mara a effectué jusqu'à dimanche sa première visite depuis sa prise de fonction.

Des soldats maliens et des combattants appartenant à des groupes armés se sont affrontés samedi, alors que M. Mara séjournait à Kidal, au lendemain d'une manifestation de partisans du MNLA et d'habitants indépendantistes hostiles à sa venue.

Selon le gouvernement, 36 personnes ont été tuées, dont huit militaires, et une trentaine de personnes ont été enlevées. Le MNLA a affirmé pour sa part qu'"une dizaine de soldats maliens" ont été tués, et deux blessés ont été remis à la Croix-rouge.

Le mouvement rebelle a annoncé avoir fait une trentaine de "prisonniers de guerre", dont le directeur régional de Kidal, un préfet, le conseiller du gouverneur et 24 soldats et cadres de l'administration, actuellement détenus au siège du gouvernorat de la ville.

Dimanche, la mission de l'ONU au Mali, la Minusma, a condamné "l'assassinat de deux civils et six officiels maliens", sans donner plus de détails. De sources officielles malienne et internationale, les six responsables tués sont deux préfets et quatre sous-préfets de la région de Kidal.

Dans un entretien téléphonique avec son homologue malien Ibrahim Boubakar Keïta, le président François Hollande a "appelé à la libération immédiate et sans condition du gouvernorat de Kidal et des otages qui y sont détenus", selon un communiqué de l'Elysée.

-'Préparer à toutes les éventualités'-

Depuis son intervention au nord du Mali en janvier 2013 contre les jihadistes, la France maintient un petite contingent militaire à Kidal, où sont également déployés des éléments de la force de l'ONU (Minusma).

Les violences de ce week-end ont été également condamnées par l'ONU, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'Union africaine (UA) et les Etats-Unis dimanche.

"Les terroristes ont déclaré la guerre au Mali, le Mali est donc en guerre contre ces terroristes", sans distinctions d'origine, a dénoncé dimanche le Premier ministre Moussa Mara. Selon lui, les forces maliennes "sont en train de se préparer à toutes les éventualités" à Kidal.

Le MNLA avait déclenché en janvier 2012 une offensive contre les forces maliennes dans le nord du Mali, s'alliant à des islamistes armés. Profitant d'un coup d'Etat militaire en mars 2012, ces groupes se sont emparés des régions de Tombouctou, Gao et Kidal, d'où les rebelles touareg avaient ensuite été évincés par les jihadistes liés à Al-Qaïda.

Le MNLA est revenu à Kidal à la faveur d'une intervention militaire internationale lancée par la France, qui a chassé en 2013 les jihadistes des grandes villes du Nord.

En dépit de la présence sur place de soldats maliens, français et onusiens, Kidal échappe toujours au contrôle de l'Etat malien, en proie à l'anarchie et aux rivalités de groupes armés.

Elle a été souvent été au coeur des rébellions touareg qu'a connues le Mali depuis 1960, la dernière en date, déclenchée entre fin 2011 et début 2012 par le MNLA, ayant ouvert la voie à la crise la plus grave de l'histoire du pays.

Si l'intervention militaire internationale a permis de ramener la stabilité politique au Mali, elle n'avait pas rétabli la sécurité dans les régions du Nord: les jihadistes y ont été affaiblis mais y commettent régulièrement des attaques meurtrières.

Les dernières violences de ce week-end ont suscité des réactions d'hostilité envers la force Serval et la Minusma, accusées de passivité face aux rebelles touaregs.

Depuis samedi, des manifestations ont été organisées à Bamako et à Gao, lors desquelles ont été scandés des slogans comme "Libérez Kidal!", "Minusma, à bas! La France, à bas!", "Vive le Mali".

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