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«Foxcatcher»: contre-emploi pour Steve Carell

19/05/2014 09:03 EDT | Actualisé 19/07/2014 05:12 EDT
Vittorio Zunino Celotto via Getty Images
CANNES, FRANCE - MAY 19: Actor Steve Carell attends the 'Foxcatcher' photocall during the 67th Annual Cannes Film Festival on May 19, 2014 in Cannes, France. (Photo by Vittorio Zunino Celotto/Getty Images)

Steve Carell en milliardaire excentrique guetté par la démence, Mark Ruffalo et Channing Tatum en frères lutteurs musclés mais vulnérables: l'Américain Bennett Miller a réuni une distribution à contre-emploi pour Foxcatcher, un film qui a séduit lundi le Festival de Cannes.

«Complètement superbe», «juste remarquable»... Aussitôt après sa projection, les critiques internationaux s'emballaient sur Twitter pour ce film tiré d'un réel fait divers qui a vu un héritier de la dynastie industrielle Du Pont finir ses jours en prison.

Bennett Miller, nommé pour l'Oscar du meilleur réalisateur en 2005 avec son premier film Truman Capote, replonge dans le monde du sport après Le stratège (2011), consacré au baseball.

Foxcatcher débute en 1987: Dave Schultz et son jeune frère Mark (Ruffalo et Tatum) ont tous deux rapporté des médailles d'or des JO de 1984 à Los Angeles.

Mais l'argent est rare pour les deux lutteurs, soudés par une enfance difficile, ballotés de ville en ville après la séparation de leurs parents. C'est Dave qui a élevé Mark.

Plus âgé, Dave a fondé une famille et entraîne Mark, solitaire et quasi mutique, qui veut renouveler l'exploit à Séoul l'année suivante.

Le milliardaire John Du Pont va faire voler en éclat l'harmonie qui règne entre les deux frères. Il se rêve entraîneur de lutte, a les moyens financiers de le devenir et invite Mark dans le centre sportif flambant neuf qu'il a bâti sur son immense propriété du Vermont.

Mark découvre le luxe, les jets privés, la cocaïne et tombe sous l'influence de «son mentor, son père», un Steve Carell inquiétant et déstabilisant à souhait en mégalomane manipulateur.

Tragédie grecque

Steve Carell est loin de ses succès comiques de la télévision (The Daily Show, The Office) ou du cinéma (Little Miss Sunshine, 40 ans et encore puceau...). «Mais c'est la même approche qu'une comédie. C'est juste un personnage de film», assure l'acteur devant la presse.

John Du Pont ne rêve que d'impressionner sa mère (Vanessa Redgrave) qui collectionne les récompenses de ses pur-sang et n'a que mépris pour la lutte, «un sport vulgaire» qui n'a pas sa place sur ses terres de Foxcatcher (chasseur de renard).

La mécanique est remontée pour que le drame s'enclenche quand Dave rejoint à son tour l'équipe comme entraîneur.

«C'est une tragédie grecque qui montre ce qui se passe quand tout est à vendre, ce qui arrive au talent quand on peut l'acheter», résume Mark Ruffalo en conférence de presse.

«Le thème est bien plus large que l'histoire et peut être rapproché du monde dans lequel nous vivons», acquiesce Bennett Miller, tout en se défendant d'avoir voulu faire un film «politique».

Frustres, les deux frères s'expriment peu et les deux acteurs usent de leur visage et surtout de leur corps pour s'exprimer, notamment lors des scènes de lutte, filmées comme de véritables chorégraphies.

«Beaucoup des hommes américains sont refoulés et incapables de s'exprimer eux-mêmes», selon le réalisateur.

«On a commencé à apprendre la lutte 5 à 6 mois avant le tournage avec de grands champions internationaux», raconte Mark Ruffalo. Parmi ceux-ci, le véritable Mark Schultz, aujourd'hui entraîneur dans le Midwest, qui a passé quelques jours sur le tournage.

Bennett Miller, lui, a mis huit ans à préparer ce sujet, à se documenter en rencontrant la famille et ceux qui ont connu les deux frères. «Tous m'ont dit que jamais ils n'auraient imaginé que cela se terminerait ainsi.»

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