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Jérôme Kerviel rentre en France, où l'attend la prison

18/05/2014 03:19 EDT | Actualisé 18/07/2014 05:12 EDT
AFP

L'ex-trader Jérôme Kerviel a, dans un ultime rebondissement, repris sa marche dimanche soir depuis Vintimille en Italie, annonçant son intention de rentrer dans la soirée en France où l'attend la prison après une condamnation en 2010.

«Je marche et je rentre vers la France», a dit l'ancien courtier de la Société Générale, jugé seul responsable de la perte colossale subie par sa banque en 2008, en quittant en début de soirée son hôtel de Vintimille. Il était souriant, fraîchement rasé, sac au dos et toujours avec sa tenue de randonneur rouge, acommpagné de son compagnon de route, le Père Patrice Gourrier.

Il n'a cependant pas précisé s'il comptait se rendre au commissariat de Menton en France où il doit se présenter d'ici minuit (22h00 GMT), faute de quoi il sera considéré comme «en fuite».

«Si jamais ils décident de m'interpeller à la frontière, la marche continuera avec Patrice Gourrier», a-t-il simplement répondu aux journalistes.

Serein

«Je n'ai jamais été en fuite, j'ai toujours assumé ma responsabilité», a-t-il ajouté, avant un bref passage par une église et dans une pizzeria entouré d'une dizaine d'amis et soutiens.

«Je vais aller dîner avec mes amis. Après, je rentre en France», a-t-il précisé, se disant «serein, heureux»: «Je retrouve mon pays, je suis super content».

Jérôme Kerviel a été définitivement condamné à cinq ans de prison dont trois ferme en 2010 pour avoir provoqué des pertes colossales de 4,9 mds d'euros à son ancienne banque.

Il devait regagner la France samedi, via Menton située à environ 12 km de Vintimille. Mais, à 100 m de la frontière, accueilli par une centaine de partisans acclamant leur nouveau porte-drapeau en lutte contre le monde de la finance, il avait finalement annoncé devant une forêt de caméras son intention de rester en Italie tant que le président François Hollande n'assurerait pas une «immunité» en faveur de témoins dans son dossier.

La présidence française n'avait pas répondu à sa demande et annoncé que s'il sollicitait une grâce présidentielle, sa demande serait examinée «selon la procédure habituelle».

Dimanche matin encore, il campait sur sa décision de rester en Italie, attendant toujours une réponse de l'Elysée, dénonçant des «dysfonctionnements judiciaires» dans le traitement de son dossier, sa défense demandant à rencontrer le chef de l'Etat.

Interrogé par l'AFP, l'entourage du président a répondu qu'«aucune rencontre n'(était) à l'ordre du jour». Pour l'Elysée, le chef de l'Etat est «le garant constitutionnel de l'indépendance de l'autorité judiciaire» et, à ce titre, est «attaché au respect des décisions rendues par les juridictions françaises».

Selon une source gouvernementale, l'exécutif n'a pas l'intention de «tomber dans le piège évident tendu par Kerviel et son avocat».

Dimanche soir, le ministre des Finances Michel Sapin a affirmé que Jérôme Kerviel était «un escroc» qui a été «condamné» et devait "bien entendu purger sa peine".

Conseillé par un comité de soutien d'une douzaine de stratèges orchestré par son avocat, Jérôme Kerviel aura maintenu pendant deux jours le suspense face aux caméras lui offrant une tribune inespérée.

«Je ne suis pas coupable. Je ne me mettrai jamais à genou face à une décision qui a été inique», a-t-il déclaré dimanche matin. Le Père Gourrier décidait, lui, d'entreprendre «un jeûne qui se poursuivra tant que l'incarcération ne sera pas différée».

La Société Générale, a, elle, dénoncé un «tapage médiatique» rappelant que la justice a tranché.

Le trader avait dissimulé ses prises de risques avec des produits financiers dérivés, en introduisant de fausses données dans un système automatisé. Cela s'était traduit par des pertes estimées de 4,9 milliards d'euros en 2008. Il avait aussi été condamné à rembourser ces pertes.

La Cour de cassation française a invalidé en mars cette obligation, tout en maintenant sa peine de prison. Un nouveau procès au civil doit se tenir devant la cour d'appel de Versailles.

L'ex-banquier avait entamé sa longue marche depuis Rome le 5 mars après une rencontre avec le pape en février.

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