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Grèce: profil bas mais grandes ambitions pour Aube dorée

18/05/2014 10:18 EDT | Actualisé 18/07/2014 05:12 EDT

Avec la plupart de ses élus poursuivis voire incarcérés, Aube Dorée limite les postures néonazies qui l'ont fait connaître, mais l'amertume de Grecs éreintés par la crise, pourrait aider aux élections ce parti jugé infréquentable même par ses pairs nationalistes européens.

"Nous voulons gagner les européennes", assure à l'AFP le député et porte-parole Ilias Kassidiaris, 33 ans, inculpé mais libre. Les sondages créditent Aube Dorée d'environ 7% des voix aux européennes, en troisième ou quatrième position, mais loin derrière Syriza (opposition, gauche radicale) et le parti conservateur du Premier ministre Antonis Samaras.

Aube dorée avait déjà obtenu 7% et 18 députés aux législatives de 2012, spectaculaire percée pour ce groupuscule créé en 1992 sur un corpus d'idées racistes et xénophobes.

Pendant plus d'un an, le parti n'a plus de limites : distribution de nourriture "aux Grecs", défilés d'hommes en noir inquiétants, agressions d'immigrés, coups portés à d'autres élus...Le tout dans l'impunité, jusqu'à l'assassinat le 18 septembre du musicien antifasciste Pavlos Fyssas.

Antonis Samaras se dresse alors soudain contre "les descendants des nazis", et la justice fond sur les députés, sous l'incrimination "d'appartenance à une organisation criminelle". Ils sont pour la plupart poursuivis et six sont en prison dont le fondateur Nikolaos Michaloliakos. En avril, deux sympathisants ont été condamnés à perpétuité pour le meurtre d'un Pakistanais à Athènes, en 2013.

Cette soudaine effervescence judiciaire irrite Maria, 31 ans, institutrice de gauche qui votera Aube Dorée aux européennes pour "montrer au gouvernement qu'elle a compris son petit manège". D'autant qu'Aube dorée a réussi à faire dire sur vidéo à l'ex-bras droit de M. Samaras que cette offensive des juges était d'instigation gouvernementale.

Aube dorée alignera le 25 mai une liste comprenant des militaires, des juristes...

Le parti fait désormais profil bas : moins d'hommes en noir, baraqués-tatoués-rasés, pour brandir les drapeaux grecs à ses réunions, accueil presqu'aimable de la presse étrangère, slogans moins agressifs, même si les candidats présentés aux médias se voient affublés de commentaire sans ambiguïté: "père (ou mère) de deux jeunes Grecs".

--Rien n'a changé--

Et victimisation massive : hôtel ou placette, où que se tiennent ses rassemblements, Aube dorée exhibe des portraits géants de ses députés poursuivis, ou, sous l'adjectif "immortels", de ses deux membres assassinés le 1er novembre, en représailles à l'assassinat de Pavlos Fyssas.

Oubliant l'époque récente où il distribuait à la télévision claques et verre d'eau au visage à deux élues de gauche, M. Kassidiaris joue les grands frères, acclamé à chaque apparition.

"Nous sommes contre la violence... Nous sommes en prison, mais nul ne peut dire quel est notre crime... Nous combattons la corruption, la criminalité, la pauvreté... Notre mauvaise réputation, ce sont les medias qui l'ont faite...Les étrangers n'ont rien à craindre de nous... s'ils sont en situation légale", assure à l'AFP le nouvel homme fort du parti.

Eleftheria, 31 ans, membre depuis six ans, assure que le salut bras levé ou le méandre rappelant la croix gammée, symbole du parti, sont des créations de la Grèce ancienne et n'ont donc "rien à voir avec les Allemands". Au passage, elle frissonne à l'évocation des "vols et viols commis par les immigrés illégaux".

"Rien n'a changé fondamentalement", estime Vassiliki Georgiadou, professeur de sciences politiques. Mais, avec les poursuites judiciaires, Aube dorée n'a simplement "plus les moyens" de ses démonstrations de force passées.

Plus que le racisme, crise et rancoeur semblent motiver des électeurs souvent d'âge et de classe sociale moyens.

Comme Dimitris, 35 ans, chauffeur de taxi, dont la femme a dû avorter deux fois, faute d'argent dans le foyer, "alors que les types au pouvoir s'en mettent plein les poches".

Ou Nikolaos, 53 ans, capitaine de vraquier, de tous les meetings avec son épouse Marcella, et leur chienne Sara en manteau bleu. "Trop vieux pour être fanatiques", ils en ont juste assez "de la ruine du pays", du clientélisme, et "d'appartenir à l'Europe sans en avoir aucun avantage".

Le Front national français refuse de s'associer avec Aube Dorée au Parlement européen. Ilias Kassidiaris croit pourtant que son parti "discutera après les élections avec le FN" et les autres nationalistes : "Nous avons besoin d'un groupe fort au Parlement européen".

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